Mon quart irlandais

Je suis née au Lac St-Jean, « far, far away » de l’Irlande. Pourtant, depuis ma plus tendre enfance, j’ai toujours proclamé à qui voulait l’entendre que j’étais « un quart Irlandaise ». Parce que ma mère est une « O’Brien », parce que le prénom de mon grand-père est Gerry et que, lorsqu’il me prenait dans ses bras, je devais lui dire « Grand-Papa Daddy, please, let me go! » pour qu’il me libère. J’étais aussi convaincue que mes cheveux, sous un angle bien précis à la lumière du soleil, avaient des reflets roux. C’était l’évidence. J’étais Irlandaise.

Bien que ma connaissance de l’anglais se limitait aux quatre mots libérateurs que je disais à mon grand-père et que mes cheveux n’étaient pas aussi roux que je l’aurais voulu, je chérissais de tout mon cœur cette appartenance à un peuple que je connaissais pourtant bien peu. La seule connaissance que j’en avais se faisait à travers mon Grand-Papa Daddy que je vénérais (et que je vénère toujours autant) et me rendait fière comme un paon. Je voulais, comme lui, être Irlandaise.Ce que je ne savais pas à l’époque, c’est que près de 30% des Québécois ont, tout comme moi, du sang irlandais dans les veines. Je me serais fort probablement sentie un peu moins « rousse » sous la lumière du soleil, mais je me serais rapidement réconfortée en me disant que j’étais la seule « presque Irlandaise » à avoir un Grand-Papa Daddy.

Une longue histoire d’amour

Les premiers immigrants irlandais sont arrivés au Canada dès les lendemains de la Conquête. C’est cependant la vague d’immigration de 1830 qui a fortement contribué à faire des Irlandais le quatrième plus grand groupe ethnique du Canada¹. Terrassés par une grande famine provoquée par la tristement célèbre « maladie de la patate » qui faisait pourrir les récoltes de pommes de terre partout en Irlande, c’est par dizaines de milliers que les Irlandais sont venus, à cette époque, s’installer en sol canadien.La ville de Québec s’est révélée être une terre particulièrement accueillante pour eux. En effet, en 1870, la communauté irlandaise formait presque le quart de la population totale de la ville. À cette même époque, les quartiers Montcalm, Cap-Blanc et Champlain étaient majoritairement irlandais. Plusieurs pubs, certaines écoles et quelques églises apparaissent, aujourd’hui, comme les témoins privilégiés de cette page de l’histoire de Québec.Mon grand-père a d’ailleurs passé une bonne partie de son adolescence sur la rue Dolbeau et a, plus souvent qu’a son tour, foulé les trottoirs du quartier Montcalm. Grand sportif, il a joué au baseball dans le Parc Lockwell et a participé a des courses de vélo dont le départ se tenait sur l’avenue Cartier. Il garde des souvenirs merveilleux de cette partie de sa vie où il a notamment rencontré ma grand-mère Pierrette, sa « Queen of Beauty », avec qui il est marié depuis 68 ans.La vie comportant toujours une part de mystère et de synchronicité étonnante, j’habite maintenant à quelques portes de l’appartement où mon arrière-grand-mère maternelle, la mère de Gerry, a vécu la fin de sa vie. Tout près du parc Lockwell et de l’ancienne Leonard School (ancêtre de l’école St-Patrick). Bref, tout près de ces origines que je chérissais tant étant enfant.Bon défilé de la Saint-Patrick

¹source : Bibliothèque et Archives Canada