Fendre des lacs – Naufragés de l’intérieur

Fendre les lacs au Périscope

Fendre des lacs de Steve Gagnon est la pièce actuellement à l’affiche au Théâtre Périscope. Je m’y suis rendue avec l’esprit curieux, ouvert, sans autre forme de préparation qu’une lecture intéressée du synopsis. J’en suis ressortie épuisée, révoltée, mais surtout lourde, comme si une tonne de brique m’était tombée dessus.

Je pense qu’il est important que vous sachiez que j’étais très fatiguée au moment d’aller voir cette pièce. Venant de terminer un marathon professionnel de plusieurs mois, le statut de mon état mental ne me prédisposait pas, je crois, à l’apprécier à sa juste valeur, ou encore à juger de ses qualités dans la nécessaire distance qu’exige cet exercice. J’ai donc été happée de plein fouet. Heureusement, j’étais accompagnée d’une personne qui a su me faire voir d’un autre angle les aspects qui m’ont initialement déplu.

D’abord, les nombreux personnages sont toujours sur la corde raide : déchirés, conflictuels, sales, se faisant violence, criards, malsains. Rien n’est simple ni léger dans cette pièce qui, pour moi, se situe non loin de la limite du supportable. Englués dans la viscosité morose de leur lac intérieur, incapable de s’extirper de leur vie de « marde », mais rêvant d’y parvenir, crachant et jalousant ceux qui tentent de le faire, les comédiennes et comédiens sont tous très justes dans l’interprétation de leurs personnages romantico-pathétiques, métissés « d’un pays qui n’existe pas tout à fait ».

Ce qui m’a aussi beaucoup interpellée est la scission mentale que crée l’utilisation des deux niveaux de langage. Alors que je croyais assister à un capotage langagier tant j’étais frappée par la navigation chaotique entre les différents registres employés qui tendent à créer une poésie éclectique, j’ai compris en lisant le dossier de presse que la cohabitation de différents niveaux de langue était utilisée pour montrer que des personnes en apparence simple, dépourvus de culture ou de grandes connaissances, vivant dans un univers dur et pauvre, peuvent aussi être dotés « de grands idéaux romantiques » et être « porteurs de rêves immenses ».

Quelques jours après y avoir assisté, mon retour sur cette pièce me fait comprendre que la démarche artistique de Steve Gagnon fonctionne. Le fait que je me sentais déjà vulnérable et fragile avant d’aller voir la pièce a sans doute contribué à mon ressenti désagréable, allant même jusqu’au malaise, me poussant à sortir rapidement du théâtre pour me libérer de l’effet d’oppression et d’enfermement que je ressentais alors.

En définitive, une pièce pour public averti.

Au Théâtre Périscope jusqu’au 30 avril 2016.