Gardez ce mégot que je ne saurais voir

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À chaque fois que le printemps arrive (ou fait semblant de se pointer, un peu comme c’est le cas cette année), je suis stupéfaite par la découverte, à la fonte des neiges, des vestiges de notre passé de citoyens négligents. C’est un peu comme si un bombardement de cochonneries se produisait chaque année. Un triste spectacle qui peut toutefois représenter une bonne occasion de réfléchir sur les conséquences de nos mauvaises habitudes environnementales.

La semaine dernière, alors que je marchais avec mon antipathique Ti-Rat sur l’avenue Cartier, j’ai rencontré Sofia. Une jeune citoyenne qui, du haut de ses sept ans, avait décidé de faire le ménage du quartier parce que, je la cite :

« Moi je l’aime mon quartier, et je n’aime pas ça quand c’est sale. »

Je la voyais ramasser, avec ses petites menottes toutes blanches, les branches, feuilles mortes, papiers et emballages qui traînaient devant la SAQ. Tout en abattant sa besogne, elle m’expliquait, très précisément, son plan de match pour faire le ménage de « son quartier ».

Attendrie par tant de dévouement, je discutais avec elle quand, subitement rattrapée par la réalité, j’ai réalisé que la petite environnementaliste se trouvait littéralement dans un champ de mégots de cigarettes. Autour d’elle, les débris jaunis gisaient là comme les témoins de la dépendance des adultes de son quartier, peu soucieux de l’environnement. C’est donc sur un ton quasi alarmé que je lui ai demandé : « Là, tu ne ramasseras pas les cigarettes avec tes petites mains, hein? » À cette inquiète interrogation, lucide Sofia répondit :

« Ben non! Je vais aller chercher une pelle. Parce que c’est dégueulasse. »

Sofia n’a pas eu le temps d’achever son œuvre puisque son père, qui ne semblait pas au fait de la démarche écologique de sa fille, l’a appelée pour qu’elle aille souper. Je ne sais pas si au jour d’aujourd’hui, elle poursuit toujours son travail, mais la petite Sofia a suscité chez moi une réflexion sur cette étrange habitude qu’ont les fumeurs de jeter leur « butch » de cigarette n’importe où un peu comme si, après les avoir « confiés à l’univers », ils disparaissaient comme par magie.

Afin d’illustrer l’incohérence d’une telle action, j’ai dressé, rapidement et de manière non exhaustive, une liste de choses que l’on pourrait jeter par terre, à l’instar des mégots de cigarettes, au gré de nos promenades sans attendre de croiser une poubelle ou tout autre réceptacle pouvant accueillir ledit déchet.

  • Ne pas ramasser le caca de son chien (je sais trop de propriétaires le font, mais bon).
  • Jeter (par terre) son mouchoir après utilisation.
  • Jeter (par terre aussi) son gobelet de café/sa bouteille d’eau/de jus/ou tout autre récipient du genre quand ils sont vides.
  • Jeter (par terre encore, pourquoi se gêner?) les plastiques, papiers, cartons (sur)emballant les sandwichs/muffins/galettes que l’on mange.

Cette liste, aussi courte soit-elle, expose tout l’illogisme d’un geste comme celui de jeter ses mégots de cigarettes dans son environnement. Ils ne sont pas biodégradables et constituaient, en 2013, la première source de déchets dans le monde. D’ailleurs, le scientifique canadien David Suzuki s’est penché sur la problématique en soulignant l’urgence de passer à l’action devant les « 4,95 billions de mégots retrouvés par terre ou dans l’eau chaque année ».

La petite Sofia, depuis ses sept années bien sonnées, nous permet donc de nous sensibiliser, résidentes et résidents du quartier Montcalm à une problématique réelle, sur laquelle nous avons le pouvoir d’agir, à notre mesure. La complexité des problèmes qui découlent de la présence de mégots de cigarettes dans la nature n’a d’égale que la simplicité des solutions pour les éviter : NE PAS jeter les mégots de cigarettes par terre. Facile hein? Parce que, franchement, comme dirait Sofia : « c’est dégueulasse ».

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