Parce qu’on est en 2016

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Comme l’été semble tarder à s’installer cette année, j’ai pris sur moi d’écrire un petit pamphlet sur un phénomène qui, à chaque fois, m’horripile, m’irrite, me trouble et me scandalise : celui du harcèlement de rue.

Oui, les hivers sont longs et pénibles et l’arrivée du beau temps provoque non seulement la montée du mercure, mais aussi celui de certaines hormones euphorisantes et débilitantes. Après des mois et des mois à voir le monde habillé « double par-dessus double », il semble que la vue de parties du corps dénudées provoque l’apparition de comportements collectifs d’abrutis.Parce que trop souvent vus comme anodins et inoffensifs, j’ai fait l’exercice, afin de démontrer qu’il s’agit bel et bien de harcèlement, de déconstruire sommairement les excuses habituelles entendues et tentant de justifier ces comportements. Voici donc, tout ce que le harcèlement de rue n’est pas.

Ce n’est pas de la séduction

La séduction est une pratique sociale (discutable) qui vise obtenir, de la part de la personne séduite, un avantage ou une faveur. Dans notre société, on a attribué aux hommes un rôle actif dans cet échange où il occupe souvent (à tout le moins dans les rapports hétérosexuels) la position de dominant. Historiquement, les femmes ont été tenues à l’écart de ces pratiques sociales occupant, la majorité du temps, une fonction passive. Son consentement à « participer » à de telles pratiques n’a jamais été une réelle préoccupation. À l’opposé, celles qui affichaient publiquement des attitudes ou des comportements pouvant être associés à de la séduction se voyaient (et se voient encore aujourd’hui, la plupart du temps) qualifiées de « débauchées » ou de « filles faciles ». Malheureusement, cette définition des rôles encourage les rapports « prédateur/proie » entre hommes et femmes. L’homme adoptant, dans l’imaginaire collectif, le comportement du chasseur et la femme revêtant les habits d’un appât.Par contre, dans la vraie vie, le fait qu’une femme porte une robe légère ne signifie pas qu’elle attend une manifestation d’appréciation de la gent masculine. Les choix vestimentaires – même si on nous incite à penser le contraire –ne constituent pas une manière, pour les femmes, d’attirer ou de provoquer les réactions des hommes. Mais, tenez-vous le pour dit, la robe n’a pas été inventée uniquement pour alimenter les fantasmes des « gros-pas-de-classe » incapables de voir une paire de jambes féminines sans baver. Je sais. C’est un choc.

Ce n’est pas un compliment

Mettons une chose au clair : siffler, interpeler par onomatopées ou klaxonner une fille sur la rue ne peut être en aucun cas un compliment. Malheureusement, les jeunes filles sont parfois socialisées à voir et recevoir les remarques à propos de leur esthétique comme un compliment, mais il n’en est rien. Se permettre de commenter la plastique féminine d’une passante comme on formule des remarques sur un modèle de voiture (une métaphore fortement exploitée en publicité, d’ailleurs) constitue un manque de respect, point à la ligne. C’est, purement et simplement, considérer le corps des femmes et les femmes elles-mêmes comme des objets. Et ça, c’est juste inacceptable.

Ce n’est pas une blague

Non. Commenter ou critiquer l’habillement d’une fille (ou de toute personne) sur la rue ne peut pas être une bonne « joke » ou « juste pour rire ». Pratiquer un humour de ce type est pathétique et s’associe davantage à une forme d’intimidation que de socialisation. De toute façon, tout le monde sait très bien que si tu as besoin de justifier tes agissements par un éloquent « c’est juste une joke », c’est que ton comportement est poche et, fort probablement, ta joke aussi.

C’est une agression

Absolument. Imposer à une fille qui se promène sur la rue des remarques, critiques et commentaire sur son apparence, c’est du harcèlement. Brimer le droit d’une femme de pouvoir sortir de chez elle vêtue comme elle le souhaite, c’est de l’oppression. Empêcher une personne d’évoluer dans les lieux publics sans qu’elle ait à subir des jugements de la part d’inconnus, c’est une agression. L’espace public, à commencer par les rues et les trottoirs, doit être accessible de la même manière pour les hommes et les femmes. Si les hommes peuvent y évoluer en « bedaine » sans se faire achaler, il n’y a aucune raison que les femmes ne puissent pas jouir des mêmes avantages.Les questions concernant la visibilité publique et l’hypersexualisation du corps des femmes sont complexes et, souvent, déconcertantes. Ça peut paraître compliqué de s’y retrouver et, même, être en contradiction avec de nombreux messages véhiculés socialement. Mais, voici une formule très simple à appliquer : t’es un gars et que tu te demandes ce qui est acceptable comme comportement avec les filles? Pas compliqué. Demande-toi si tu agirais de la sorte avec ta mère, ta sœur ou ta fille. Si la réponse est non, retiens-toi et attends que ça passe. Juste ça, ce sera un petit pas pour l’homme, mais un grand pas pour l’humanité.