Assumer d’être humain | 29 mai 2017 | Article par Marrie E. Bathory

Crédit photo: Philippe Ruel

Assumer d’être humain

Le parcours Où tu vas quand tu dors en marchant…? propose cette année cinq nouveaux tableaux sur la colline Parlementaire. On se retrouve dans un hors temps, un monde parallèle onirique, qui poétise les bâtisses drabes et carrées de la cité des fonctionnaires.

Dans Mouvement perpétuel (promenade des Premiers-Ministres), Sophie Thibeault et Maxime Robin convient les spectateurs à avancer au rythme d’un Boléro de Ravel sorti d’une boîte à musique. On passe par les stades de la vie, qui nous semble toujours passer trop vite – car le temps ne s’arrête jamais. Joli et émouvant.

En référence au « continent » de plastique qui flotte dans l’océan Pacifique, Le 7e continent d’Élène Pearson (rue Louis-Alexandre Taschereau) offre la vision d’un monde postapocalyptique où les personnages sont parés de costumes à base de déchets récupérés : boîtes de conserve, bouteilles de plastique… Comme si ce n’était pas assez clair, une diva nous le chante : nous n’avons pas écouté les avertissements, nous n’avons pas eu la volonté politique d’agir, alors nous voilà enterrés sous nos déchets. Le message est clair… mais il l’est depuis des décennies, et on ferme toujours les yeux sur le problème, n’est-ce pas?

Dans Les nervures secrètes (cour de l’Édifice Marie-Guyart), les personnages mis en scène par Marie-Josée Bastien, d’abord seuls et tourmentés, forment des couples puis se somment les uns les autres (et somment les spectateurs, entraînés par le discours et dans le mouvement) à assumer d’être humains, à aller vers l’autre, car c’est ensemble qu’on peut supporter la vie, et espérer être heureux, un moment.

La Souricière de Christian Lapointe (rue Jacques-Parizeau) présente des images et une trame sonore de manifestations : c’est un retour aux événements de 2012 – ou du Sommet des Amériques, peut-être, pour les plus âgés. Le public passe dans les bulles de savon et la fumée (inoffensive), et peut observer à son gré, de près, policiers et manifestants, statufiés, certains arborant des têtes d’animaux. La parodie dénonce les dérives des uns et des autres, médias y compris. Image éloquente : des anti-intellectuels se font un BBQ de livres en écoutant une radio d’opinion. Le tableau agit comme une sorte de thérapie : des spectateurs racontent à leurs amis ce qu’ils ont vécu eux-mêmes lors de manifestations passées.

À La grande manufacture (parc de l’Amérique-Française), Giorgia Volpe expose le travail manuel, celui des femmes et en particulier celui des femmes racisées, à qui on donne la parole et qu’on met à l’avant-plan. Leurs tables de travail sont nappées du fleurdelysé : ces femmes font partie de celles qui cuisinent, tissent, cousent notre Québec. Si comme moi vous terminez votre parcours par ce tableau, prenez le temps de vous assoir dans un hamac et d’écouter les ouvrières vous raconter leurs histoires.

Tout le parcours est une image poétique du monde, mais aussi une réflexion politique et sociale. Il appelle à réfléchir sur la vie, l’humain, la société… mais surtout, il se ressent, se vit.

Où tu vas quand tu dors en marchant…? est présenté gratuitement en continu de 21 h à 23 h, les jeudi, vendredi et samedi jusqu’au 10 juin, sur la colline Parlementaire.