Éros et Thanatos | 4 juin 2017 | Article par Marrie E. Bathory

Crédit photo: Marc-Étienne Mongrain

Éros et Thanatos

Dans le cadre du Carrefour international de théâtre, le Théâtre Périscope présente la pièce Table rase, où les babillages sans censure mènent aux considérations sur le sens de la vie et l’angoisse de la fin du monde.

Six jeunes femmes, des amies d’enfance très proches, se réunissent dans un chalet. On sort alcool et cigarettes, on rigole, on parle de sexe – c’est qu’on veut retarder le moment d’en venir au fait : l’une d’elles est atteinte d’un cancer, incurable. Elle s’apprête à mourir.

Ainsi confrontées à l’insignifiance, à l’absurdité de la vie, toutes ont décidé d’en finir : faire table rase, couper les ponts avec le mari ou les amants, se départir de ses possessions, quitter son emploi; sortir du cul-de-sac et tenter de recommencer. Espérer une nouvelle vie, meilleure. Heureuse, peut-être.

Ces amies-là se disent absolument tout. Aussi les histoires de sexe, crues, mènent-elles aux considérations sur l’amour et la fidélité, sur la sexualité féminine. Puis tout y passe : la part du déterminisme ou du mérite dans la réussite sociale, le privilège blanc, la faim dans le monde, la guerre, la politique…

Les points de vue se confrontent, la tension monte et le chaos éclate. « Ça ne peut pas être juste ça », lâche l’une d’elles – à propos de cette soirée virée au désordre, mais aussi de la vie en général, du sort de l’humanité.

Non, ceci n’est pas un « show de filles » : tout un chacun s’y reconnaît. Le spectateur réagit d’ailleurs comme l’ami timide qui écouterait la discussion dans son coin sans y participer. (La disposition de la salle, avec la scène au milieu et le public de chaque côté, accentue cette impression.)

L’authenticité marque les échanges, paroles et gestes. Le spectacle a beau être monté pour une quatrième série de représentations depuis sa création, les interprètes, Vicky Bertrand, Marie-Anick Blais, Catherine Chabot, Rose-Anne Déry, Sarah Laurendeau et Marie-Noëlle Voisin, retrouvent aisément la spontanéité du texte, issu de leurs improvisations et de la collaboration de la metteure en scène Brigitte Poupart. C’est Catherine Chabot qui le signe.

Table rase est présenté ces 2, 3 et 4 juin au Théâtre Périscope. La pièce sera reprise cet automne à Montréal, à l’Espace Libre.