La mort des rois | 17 septembre 2017 | Article par Marrie E. Bathory

Crédit photo : Claude gagnon

La mort des rois

Le Trident entame sa saison avec l’ambitieux Five Kings. L’histoire de notre chute d’Olivier Kemeid, mis en scène par Frédéric Dubois et dont la direction artistique est assumée par Patrice Dubois.

Tout part d’un projet avorté d’Orson Welles : le collage des deux tétralogies du cycle des rois de Shakespeare – Richard II, Henri IV, Henri V, Henri VI et Richard III. Les artisans du projet ont revisité les pièces du Barde, se sont inspirés de l’actualité des dernières décennies, de la politique tant américaine que française et québécoise.

Quelle est donc l’origine de cette chute? C’est la question que se posent les personnages à la fin de la pièce de 3 h 30, question qui est évoquée dès le premier tableau. L’histoire se met en marche, inéluctablement, et l’on ne peut que frapper un mur, puis recommencer.

La pièce débute avec un portrait de famille, dans les années 1960. On présente les personnages plantés sur une ligne, déclamant tour à tour face au public; quelques didascalies apparaissent sur l’écran derrière eux. Richard II vient d’accéder au trône et, affirmant vouloir la paix du pays, condamne son cousin Henri à l’exil. S’ensuivent trahisons, jeux de coulisses, guerres intestines sur quatre générations. Ajoutons à cela des rébellions, du terrorisme et des allusions aux conflits dans le Proche-Orient.

Le rythme change subitement lorsqu’Henri IV prend le pouvoir. Les années 1970 : fin de l’utopie, débauche. Dans les années 1990, avec son successeur, on voit le mensonge faire son nid, jusqu’à tout contaminer. La politique devient une farce, et cette bouffonnerie fait écho jusqu’à aujourd’hui – jusque dans le contexte politique réel. Puis les années 2000 sombrent dans la violence gratuite, à la Tarantino. Les tueries n’ont plus de sens (en ont-elles déjà eu?). Résultat : on se retrouve en 2017 à se demander où tout cela nous mène.

Les variations de niveau de langue et le mélange entre sérieux et comique, hérités bien sûr du texte original de Shakespeare, gardent le spectateur alerte. Certains éléments de ce condensé étaient sans doute plus clairs dans la version de cinq heures présentée à Montréal en 2015. Si la mise en scène laisse beaucoup de liberté d’interprétation au spectateur, qui peut coller les référents politiques ou sociaux qu’il veut bien y voir, elle peut cependant aussi donner l’impression, par moments, que le sens nous échappe. Somme toute, l’ensemble, touffu, s’apprécie mieux une fois le choc initial passé.

Five Kings est présentée au Grand théâtre jusqu’au 7 octobre.