Parce qu’il vaut mieux en rire | 23 septembre 2017 | Article par Marrie E. Bathory

Crédit photo: Cath Langlois

Parce qu’il vaut mieux en rire

La Cour suprême, à l’affiche à Premier Acte, invite à rire du monde – au lieu d’en pleurer – et réalise au passage quelques fantasmes d’acteurs. Si la bouffonnerie est un art millénaire, il semble néanmoins qu’elle incarne cruellement le zeitgeist.

Trois créatures difformes aux attributs exagérés, flambant nues, vous accueillent tour à tour sur les lieux. Le choc initial sert à vous préparer : ici, aucune censure, rien à cacher; on est prêt à tout dévoiler de l’être humain, à lui renvoyer tous ses travers et à rire d’absolument tout, le milieu artistique et le spectateur y compris. Et vous serez appelé à participer, tenez-le-vous pour dit.

Les trois bouffons, Lacharrue, Wannabe et Douchebag, parodient la Cour suprême. Le crime : lèse-majesté, un crime qui n’a aujourd’hui plus de sens. Comme élément déclencheur, un graffiti obscène qui apparaît sur le portrait du « rein » d’Angleterre. Les médias s’emparent de l’histoire, le quidam s’outre ou s’émeut, puis chacun y va de son opinion (fluctuante) dans les médias sociaux. On invoque le sacro-saint « gros bon sens », on en appelle au lynchage pour s’horrifier sitôt après d’une violence qu’on refuse d’assumer.

Le sens est limpide : surabondance médiatique et radicalisation de l’opinion publique; indignation populaire dans les médias sociaux mais apathie collective une fois l’ordinateur éteint; addiction au Wi-Fi et dévotion à Internet. Quelques flous intentionnels laissent aussi par moments le spectateur interpréter ce qu’il veut. C’est ludique, mais parfois sombre; on brise souvent le rythme, on déstabilise.

La vulgarité comme outil

La vulgarité, dans ce contexte, va de soi : elle attire l’attention sur le propos, lourd de sens, et fait rire jaune. Au second degré, donc (quoiqu’un peu au premier aussi, osons l’avouer). C’est que le bouffon n’est pas un naïf. Ses pitreries soulignent à grands traits le message, grinçant. « Quelques subtilités prennent le bord, » admet l’un des acteurs après la représentation.

Le collectif, formé par les acteurs François-Guillaume Leblanc, Valérie Boutin et Paul Fruteau De Laclos et le metteur en scène Nicola Boulanger, visait à trouver des moyens de surprendre encore les gens un peu blasés, qui ont tout vu. C’est réussi, et efficace.

Miroir déformant de la réalité? Le reflet s’avère en fait douloureusement fidèle à la société.

Vous pourrez voir La Cour suprême au théâtre Premier Acte jusqu’au samedi 30 septembre.