<em>Titus</em> – renverser les classiques | 20 novembre 2017 | Article par Marine Lobrieau

Crédit photo: Charles Fleury

Titus – renverser les classiques

Les Écornifleuses réinterprètent la célèbre pièce Titus de Shakespeare en bouleversant les codes du texte et de l’interprétation. Véritablement engagée, la compagnie offre une prestation originale, moderne et résolument féministe.

La pièce de théâtre Titus est l’une des tragédies les plus sanglantes de Shakespeare. Le général de retour à Rome entre dans une guerre de succession où s’enchaînent vengeance, folie et cruauté absurde. Dans la pièce originale, les rôles principaux sont exclusivement réservés aux hommes. Édith Patenaude, auteure et metteure en scène, renouvelle l’interprétation du classique par une inversion maîtrisée de la distribution.

Féminisme

Les personnages masculins sont joués par des femmes et inversement. Les femmes détiennent les rôles principaux. Cette particularité apporte une tout autre dimension à la pièce. Titus, joué par Joanie Lehoux, bascule dans la vengeance sanguinaire, la cruauté physique, la folie.

Il est puissant de voir ce côté sauvage et violent, interprété par une femme. Les stéréotypes sont balayés, elles ont le pouvoir. Cette signature nous montre que rien n’est cristallisé, une autre version de l’histoire est possible. C’est une prestation résolument féministe et engagée que nous livre les Écornifleuses.

Modernisme

La pièce a été réadaptée selon les tendances de la société actuelle. Les dialogues, dont le fond ne change pas, sont agrémentés de nos codes, d’un langage contemporain. D’un français peu usuel et dépassé, les échanges ont été parsemés d’expressions courantes. Cet ensemble permet une immersion facilitée dans l’histoire pour le spectateur et un véritable renouveau .

L’adaptation de la pièce est efficacement moderne. Les acteurs sont tous chaussés de baskets. Les costumes se veulent simples, colorés, et volontairement féminins. Les femmes jouent les hommes mais, ne se griment pas des codes typiquement masculins pour les jouer. Elles n’imitent pas, elles sont ces personnages.  La conception sonore est impressionnante par sa puissance. La chanteuse Mykalle Bienlinski transporte le spectateur grâce à plusieurs interprétations fortes et symboliques.

En prime, la représentation achevée, une fin alternative attend le spectateur, ainsi, cette nouvelle adaptation démontre que le changement est consommé, que tout est possible.

La société évolue, la place des femmes également, cette modification nécessite forcément une réadaptation des classiques. Les codes bouleversés, la pièce de Shakespeare, revue et remaniée, s’offre une réelle cure de jouvence.

Titus est présenté par le théâtre Périscope au Lantiss, au Pavillon Louis-Jacques Casault de l’Université Laval jusqu’au 2 décembre 2017.