Près de chez vous : les 1000 watts de Paméla Bisson | 15 juin 2018 | Article par Suzie Genest

Crédit photo: Machin Club

Près de chez vous : les 1000 watts de Paméla Bisson

Près de chez vous, dans le quartier Montcalm, habitent des gens ordinaires dont la vie ne l’est pas toujours. Parmi eux, Paméla Bisson, dite Pammy Poppins, a fondé le Machin Club, un organisme qui incarne son rêve d’enfant de Montcalm aspirant à percer l’écran.

Son propre ennemi, sa propre force

En mai dernier, Paméla Bisson gagnait le prix, et le coeur, du public NUEVA 2018 de Femmes Alpha, récompensant des femmes leaders du web.

Difficile de tracer le portrait de cette jeune femme sans évoquer l’organisme qui, en ce 15 juin 2018, souffle trois bougies. Après son baccalauréat en animation et recherches culturelles à l’UQAM en 2006, elle caressait un ambitieux projet : une série télé jeunesse intitulée La clique, où jeunes comédiens et enfants reporters se côtoyaient. Parmi ses inspirations, les Contes pour tous, mais surtout le Club des 100 watts, dit-elle. Une illustration de son concept initial montre une maison dans un arbre multicolore, précurseure de l’appartement où elle cohabite avec l’organisme auquel elle se dévoue, à travers les contrats assurant sa subsistance.

Charmés par les petits Chroniqu’arts, Bouquineurs, cinéastes-explorateurs de Montcalm+Jeunes, les organismes et institutions qui contactent le Machin Club ignorent souvent qu’une seule personne le porte à bout de bras.

 « Si les Grands Ballets nous offrent 20 billets gratuits la journée même, même si j’avais prévu faire mon rapport [de bourse], je ne suis pas capable de refuser parce que je me dis : il y a 20 petits enfants qui n’ont jamais vu les Grands Ballets qui vont avoir un billet, pourquoi je dirais non? Je suis vraiment mon propre ennemi dans la démarche autant que je suis ma propre force, parce que je suis le seul moteur de cette grosse affaire-là. »

Vulnérable et toute-puissante

Sur le parcours de Paméla Bisson, il y a eu les Perséides, un tandem costumé qui proposait des vox pop; la Revengeance des duchesses; des emplois au Théâtre des Gros Becs, au Camp Minogami, au Musée de la civilisation… Chacune de ces expériences, telle une brique de couleur, a pavé la voie vers son idéal.

Expositions, spectacles, films, livres, gastronomie, missions en nature : les jeunes du Machin Club multiplient les expériences culturelles. Ils tournent et enregistrent des émissions de radio, des reportages, des critiques, des entrevues audio et vidéo avec des personnalités publiques, des artistes.

« En général, [être interviewé par des enfants] met l’adulte au meilleur de sa personne. Il va se livrer, il va mieux vulgariser, il va tenter de se faire comprendre de son public », dit Paméla.

Avec le temps, des adolescent.e.s, des cégepien.ne.s, des jeunes d’autres quartiers se sont joints au Machin Club. Paméla imagine même recruter des retraités jeunes de coeur… Certains membres sont présents depuis les débuts, comme Amine, Briséis, Kalypso. L’urgence de maintenir l’intérêt des jeunes, et une continuité dans les projets, pousse Pammy Poppins à se dépasser sans cesse.

Où, idéalement, voit-elle le Machin Club dans trois autres années? Il aura transformé son quartier, noué des partenariats internationaux, recevra des artistes en résidence. Avant tout, il aura sa série télé, plusieurs courts métrages à son actif, un long métrage en développement…  Et Paméla n’habitera plus le quartier général sur des Érables. Cependant, le Machin Club occupera toujours un appartement, selon l’idée que quiconque doit pouvoir en créer un, n’importe où dans le monde, avec les moyens à disposition. Paméla rêve aussi d’ingénieux et fascinants dispositifs.

« L’espace ici, ça ne ressemble même pas encore à mon imaginaire. On est en train de développer des projets avec Interférences, Louis-Robert Bouchard, d’avoir des gadgets un peu partout, qui font que les enfants, quand ils reviennent, c’est jamais, jamais pareil, il y a toujours une nouvelle affaire à découvrir. »

Outre stabiliser le financement du Machin Club, Paméla souhaite le faire reconnaître comme organisme culturel professionnel. Il se dédie à la création avec les enfants, fait-elle valoir, et non à une offre de services pour les parents. Ceux-ci paient un membership, comme dans les centres d’artistes. Pour Paméla, il s’agit d’une véritable démarche artistique : « J’ai voulu m’entourer de mon public », résume-t-elle. À mener seule cette barque qui sort de tous les cadres, elle se sent, illustre-t-elle, « autant vulnérable que toute-puissante ».

Afin de poursuivre l’idéal qui les fait briller de 1000 watts, Paméla Bisson et les membres du Machin Club sont présentement en campagne de sociofinancement sur Haricot.