Immensités : Projection de <i>Stealing Alice</i> au MNBAQ | 30 mars 2018 | Article par Marrie E. Bathory

Photo de www.stealingalice.com

Immensités : Projection de Stealing Alice au MNBAQ

Peintre, écrivain et réalisateur, Marc Séguin se passe de présentation. Son film Stealing Alice était projeté ce jeudi 29 mars au Musée national des beaux-arts. Suivait une entrevue menée par Lara Émond, cofondatrice de Sub Rosa et membre du conseil d’administration du Musée.

Alice Andanak (Fanny Mallette), marchante d’art née d’une mère innue et d’un père québécois, est accusée d’avoir tué un prêtre et volé un tableau valant 70 millions de dollars. Du Grand Nord à Venise, de Manhattan à l’Isle-aux-Grues, elle cherche à assouvir sa rage silencieuse en même temps que son amour, infini.

Entièrement financé par l’auteur et réalisateur, le film est le résultat d’accidents poétiques ­– voyage spontané à Venise, prêt du tableau de Turner par un ami… – et s’est ainsi tissé organiquement. Le but de l’exercice : faire le moins de compromis possible, tourner sans filtre (autant que faire se peut).

On ne verra Stealing Alice ni sur Blu-Ray, ni à la télé, ni en ligne : c’est pour mettre en valeur le travail des artisans que le film est montré sur le canevas qui lui convient.

Amour, infini

Le spectateur retrouve les mêmes thèmes que dans l’œuvre picturale et littéraire de Séguin : amour, mort, solitude, animalité, art… Et comme dans les œuvres narratives de l’artiste, les mots décrivent des sentiments plus grands que nature, aussi vertigineux que l’immensité des paysages.

Ces paysages dépressifs, gris comme le printemps, renvoient aux abîmes intérieurs, à l’infini qui se creuse de soi à l’autre.

Agaçant au premier abord, l’usage des multiples langues secondes (anglais, inuktitut, italien, français) souligne en fait la dépossession de soi, à l’image de celle vécue par la mère d’Alice qui, enfant, a été enlevée aux siens et s’est vue forcée de prier dans une langue étrangère.

De la responsabilité sociale de l’artiste

On perd beaucoup dans le conformisme.

Par ses œuvres, Marc Séguin souhaite faire en sorte que les gens ne restent pas indifférents à leur vie : l’art devrait laisser des traces, imprégner davantage qu’un divertissement.

L’art constituerait un moyen de pallier le manque fondamental de l’humain, de se nommer, de se construire.

Le scénario de Stealing Alice sera publié prochainement chez Leméac.