<em>Burn out ou la servitude volontaire</em> : l’obsession du sommet | 24 septembre 2018 | Article par Catherine Breton

Louis (Emmanuel Auger) et Michelle (Jézabel Drolet), personnages de Burn Out ou la servitude volontaire de Michel Jetté.

Crédit photo: Gracieuseté

Burn out ou la servitude volontaire : l’obsession du sommet

Ce samedi matin ensoleillé de septembre ― oui, j’ai bien dit samedi ― je m’attable pour écrire sur le récent film de Michel Jetté, Burnout, ou la servitude volontaire et je me dis : « Je suis dans le ton, c’est samedi, une journée de congé parfaite pour travailler un peu. »

Je vous rassure tout de suite, contrairement aux personnages présents dans ce film, ma servitude est douce. J’aime écrire, à plus forte raison lorsqu’il est question de cinéma.

Alors, parlons un peu de ce dernier objet projeté dans le paysage cinématographique québécois par Michel Jetté.

Violence psychologique

Même avec un budget famélique pour tourner son film, Michel Jetté, toujours entouré de sa fidèle armada, nous livre ce récit qui aborde un sujet qualifié de mal du siècle; l’épuisement professionnel ou burnout, qui fait plus viril selon lui.

Le scénario porté à l’écran avec très peu de moyens, nous plonge dans l’univers anxiogène de Michelle (Jézabel Drolet) et Louis (Emmanuel Auger), un couple férocement en quête de réussite. J’ai bien dit réussite, de celle qui est allergique au bonheur.

Ce dernier film infuse autant de violence que ses trois précédents (Hochelaga, Histoire de pen, BumRush). Elle est cependant plus d’ordre psychologique que physique, quoique la pression des milieux de travail qu’évoque le réalisateur provoque chez les personnages des comportements agressifs, limites sauvages et/ou autodestructeurs. Comme quoi, peu importe le milieu, pour monter au sommet, il vaut mieux avoir les dents longues.

Le décor campé essentiellement dans des bureaux « gris 9 à 5 » et une maison de banlieue terne, abrite Michelle, consumée par l’ambition de se hisser parmi les hauts dirigeants de la banque pour laquelle elle trime dur, ainsi que Louis qui se démène pour répondre aux attentes de sa blonde et de son boss qui lui reprochent tous deux de ne jamais en faire suffisamment.

Problème d’actualité s’il en est un, et qui s’applique à plusieurs domaines : quand est-ce assez? Après ou avant que ça pète?

Avant que le presto saute

Le réalisateur propose une forme en rupture de ton, qui ne correspond pas aux standards des films subventionnés de nos jours, avec certaines scènes qui à défaut de faire avancer l’histoire, contribuent à créer ce quotidien aliénant. Jour après jour, le même gris, un ton plus foncé.

Dans cette routine qui agit comme une poignée de sable dans des épices à steak, j’ai grincé des dents. Tout dans ce film transpire l’angoisse. Le ton des dialogues, la mine froide, déterminée, presque inhumaine de Michelle, l’impuissance de Louis, le rythme des plans dans les corridors ou les sous-sols, la relation malsaine à l’alcool, les plans style « film d’horreur » de coupe de viande. Même les citations existentielles sur fond de néon de bureau drabe nous grattent le bobo du bonheur.

Bonheur qui, comme je l’ai mentionné, est absent. Seule une courte scène de cul fait référence au plaisir, mais elle s’incruste dans le paysage comme une séance de défoulement nécessaire à la survie des personnages. Bref, rien pour leur calmer le gros nerf de la névrose, juste faire sortir le trop plein avant que le presto saute.

Justement, Michel Jetté souhaite, et l’assume entièrement, que le couvercle de la grande marmite sociale revole au plafond. Que son film agisse comme un grand miroir du ras-le-bol collectif de ces valeurs néo-libérales capitalistes qu’on accepte maintenant comme étant la norme. Il nous enfonce ce devoir de sur-performer par tous les orifices jusqu’à l’écoeurement, à des années lumières du feel good movie.

Anecdote : la même journée où j’écris cet article, Québec Solidaire propose de passer une loi Antiburnout. Pas étonnant, le thème est d’actualité et on n’est peut-être pas près de s’en sortir puisque comme l’écrit Michel Jetté dans son scénario : « Le problème Marcel, c’est que tout le monde veut devenir millionnaire. »

Burn out ou la servitude volontaire est à l’affiche au Cinéma Cartier pour une première semaine jusqu’au 27 septembre, à 10 h 50 et 15 h tous les jours, ainsi qu’à 19 h mardi et jeudi.