Ça va super bien dans le meilleur des mondes possibles | 10 octobre 2018 | Article par Marrie E. Bathory

Crédit photo: Valérie Remise

Ça va super bien dans le meilleur des mondes possibles

Consommatrice et produit idéal, figure de proue du capitalisme. Tout le monde est la Jeune-Fille, et la Jeune-Fille est tout le monde. Créé à l’Espace Go en 2017, le Manifeste de la Jeune-Fille d’Olivier Choinière n’épargne personne. On en sort avec le sourire, même après s’être fait lancer ses quatre vérités.

Série, cycle, reprise

C’est avec désinvolture que sept « jeunes filles » (pas toutes jeunes et pas toutes des filles) prennent part au défilé comme au discours calqué des textes de magazines féminins.

On pense aux Filles en série de Martine Delvaux : même la cagoule à la Pussy Riot s’y retrouve. Authenticité et liberté se réduisent aux accessoires tendance qui rendent l’individu pareil aux autres. La machine capitaliste est si bien rodée qu’elle gobe tout. Tout énoncé, si vrai se veut-il au départ, devient slogan, et tout se récupère, tout se consomme, même la contre-culture, même le refus de consommation façon zéro déchet.

On a beau changer de garde-robe, parer son discours autrement, c’est toujours la même rengaine. Jusqu’à la révolte. Jusqu’à la guerre. Dont l’esthétique revient dans les défilés de mode. Le serpent se mord la queue, le cycle reprend.

La liberté est un leurre

On voudrait s’en sortir, poser un geste concret pour, peut-être, arriver à sauver ce qui reste du monde, mais même poser les bonnes questions mène à l’impasse. Restent la peur, l’angoisse, la dépression.

Le texte d’Olivier Choinière expose le superficiel, voire l’absurde de la recherche de vrai, de sens, de soi, à laquelle on répond forcément en consommant. C’est hilarant, oui, mais la gifle attend le spectateur au détour : la pièce écorche tant le public que les acteurs [Raymond Cloutier, Stéphane Crête, Muriel Dutil, Emmanuelle Lussier-Martinez, Joanie Martel, Sébastien René et Isabelle Vincent], et jusqu’au théâtre lui-même.

Mentionnons que du décor, des projections vidéo, des costumes, tout concourt à rehausser l’expérience.

On ne s’en sortira sans doute pas, mais au moins, entre-temps, il y aura eu le théâtre pour magnifier la fin du monde.

Manifeste de la Jeune-Fille est présenté jusqu’au 20 octobre au Théâtre Périscope et sera en tournée ailleurs au Québec jusqu’à la fin novembre.