<em>La détresse et l’enchantement</em> : oscillations de l’être à la conquête du soi | 9 novembre 2018 | Article par Mélanie Trudel

Marie-Thérèse Fortin, grave ou enfantine, incarne dans La détresse et l’enchantement ce personnage plus grand que nature : Gabrielle Roy.

Crédit photo: Gracieuseté

La détresse et l’enchantement : oscillations de l’être à la conquête du soi

Nous nous trouvons devant une scène nue, aride, balnéaire, sablonneuse. Une brume lente et langoureuse s’élève et nous rappelle la quiétude du bord de mer.

Seule sur scène, tenant durant toute la durée de la pièce un monologue au texte vif, dense, intellectuel, souverain, Marie-Thérèse Fortin, grave ou enfantine, incarne ce personnage plus grand que nature : Gabrielle Roy.

Née en 1922 à Saint-Boniface et décédée à Québec en 1983, cette écrivaine franco-manitobaine de descendance acadienne a écrit plus d’une vingtaine d’œuvres, dont plusieurs furent éditées à titre posthume. La détresse et l’enchantement retrace cette période des années de son enfance à son retour à Québec, qu’elle relate dans son autobiographie éponyme. On y est témoin de sa carrière d’institutrice, de ses essais aux arts de la scène, de ses voyages, mais surtout de son amour pour la littérature et de son fort désir d’écriture, qui la guideront tout au long de sa vie.

Provenant d’une famille « de ces pauvres qui rêvent », Gabrielle Roy est durant toute son existence en quête d’identité : d’où vient-elle, où va-t-elle, qui est-elle, sont des questionnements qui nous ramènent à nos propres racines. L’humiliation qu’elle ressent en percevant le regard interrogatoire des anglophones lorsqu’elle s’exprime en français n’est pas sans raviver en moi le débat sur l’immigration. Sommes-nous prêts à accueillir l’autre, l’étranger, la différence? Il semble que cette question se soit toujours posée.

Luttant contre la pauvreté sa vie durant, sa mère espérait que ses enfants puissent se « hausser » là où elle ne l’avait pas pu. Je crois qu’en cette matière, maman Landry peut être fière de cette grande dame qu’elle a enfantée. Enfant brillante, Gabrielle Roy a su se démarquer et croire ardemment en ses capacités pour s’actualiser et s’épanouir, malgré ses origines modestes. Allant de périodes de désespoir en périodes de forte confiance en l’absolu, elle a oscillé entre la détresse et l’enchantement jusqu’à trouver cet équilibre qui légitime l’existence.

Abordant les thèmes de confiance en soi, de perte de repères et de persévérance, La détresse et l’enchantement séduit par son message principal : écouter son instinct, croire en ses rêves et s’accomplir vaille que vaille.

Comment trouver le courage d’assumer que nous nous sachions promis à une grande et singulière existence? Sentez-vous en votre for intérieur la force irrépressible, le besoin culminant, l’urgence brûlante de vous consacrer corps et âme à votre passion? L’errance de soi est-elle un signe que nous allons contre nos vents intérieurs?

C’est sur les rivages rocheux du bonheur d’occasion, aux abords d’étendues marines, que vous serez témoins de la lutte intérieure de cette égérie de la littérature, tantôt attendrissante, comique, tantôt lugubre ou dramatique. Chuuuut, écoutez! Que vous dicte cette petite voix qui vous chuchote l’itinéraire de votre destinée? « L’oiseau, dès le nid, connaît déjà son chant… »

Coproduction du Trident, du Théâtre du Nouveau Monde et de Trois Tristes Tigres, La détresse et l’enchantement, un texte de Gabrielle Roy  mis en scène par Olivier Kemeid, est présentée au Théâtre du Trident du 6 novembre au 1er décembre 2018.