<i>Hôtel-Dieu</i> – Malgré la douleur, vivre | 17 janvier 2018 | Article par Marrie E. Bathory

Crédit photo: David Mendoza

Hôtel-Dieu – Malgré la douleur, vivre

Pas d’acteurs, pas de fiction. Impossible, donc, de tasser le sujet du revers de la main une fois le spectacle terminé en se disant, rassuré, que « ce n’était pas vrai ».

Jacynthe, Chantal, Ana Maria, Jasmin, Louis-Olivier, Michèle, Guillaume et Ludovic ne jouent pas : ce sont leurs mots, leur vécu qu’ils partagent avec les spectateurs.

Plus que du théâtre documentaire, Hôtel-Dieu, produit par le collectif Nous sommes ici et mis en scène par Alexandre Fecteau, est un théâtre dit « d’experts » ou « de spécialistes ». Il s’agit d’un travail de plusieurs années, fruit de rencontres, d’échanges entre personnes – les spécialistes en question – ayant vécu la maladie, le deuil.

Quête de sens

Il y a l’étape de la Souffrance, où le cerveau humain, comme toujours, tente de comprendre le sens de ce qui arrive. Pourquoi la maladie? Pourquoi la mort? On imagine des liens de cause à effet : karma? expiation? chute dans une vie antérieure? On se remet en question. D’aucuns se réconforteront à l’idée d’une puissance divine qui aurait tout décidé à l’avance.

Le Deuil se manifeste différemment pour chacun, si bien que malgré le partage d’expériences et l’accueil de celles des autres, nul ne peut prétendre savoir ce que l’autre vit. D’où la « maladresse » parfois violente de ceux, voulant « bien faire », qui lancent des clichés crasses à la « Rien n’arrive pour rien ». À ceux-là, oui, on peut se permettre une impolitesse.

Enfin, c’est à l’aide de Rituels que, portant avec soi le souvenir de la personne disparue, on arrive à avancer, à vivre un certain apaisement. Se permettre de continuer, de créer à nouveau, en mettant un pied devant l’autre; arriver à se sortir de soi; donner au suivant.

Transformations

Le collectif Nous sommes ici est connu pour sortir des cadres et jouer avec le public. Hôtel-Dieu s’inscrit dans cette voie, appelant les spectateurs à contribution et utilisant à bon escient divers dispositifs, comme autant de points de vue sur le sujet. À la manière du mandala, du deuil lui-même, la pièce se transforme ainsi, de tableau en tableau.

Nécessaire pour passer outre les larmes de Deuil, le troisième volet, Rituels, aurait néanmoins pu être condensé. Le spectacle se termine, bien entendu, sur une grande célébration de la vie.

Hôtel-Dieu est présenté au Théâtre jeunesse Les Gros Becs par le Périscope [nomade] jusqu’au 3 février.