Le capital en capitales | 19 septembre 2018 | Article par Marrie E. Bathory

Crédit photo: Emmanuel Burriel

Le capital en capitales

La saison du Périscope s’ouvre avec une pièce de quatre heures trente sur l’histoire de la défunte Lehman Brothers. La proposition ne vous convainc pas illico? Sans détours, voici pourquoi il faut voir Chapitres de la chute – Saga des Lehman Brothers.

Pour comprendre comment on en est arrivé là

Septembre 2008. Un groupe de traders autour d’un téléphone. L’un prend l’appel, raccroche : le géant Lehman Brothers vient de s’effondrer. Comme l’indique le titre de la pièce, ce moment sera contenu en germe dès la fondation de l’entreprise.

L’histoire de Lehman Brothers est celle des États-Unis d’Amérique. Le premier Lehman, Heyum, devenu Henri en posant le pied sur sa terre d’accueil, ouvre un modeste magasin de tissus. C’est avec ses deux frères, arrivés à sa suite, que l’entreprise grandira, s’étendra. Guerre de Sécession, puis Première et Seconde Guerres mondiales, en passant par le krach de 1929 : l’entreprise encaisse coup après coup – Baroukh Hachem! –, se métamorphosant chaque fois pour mieux épouser le relief de l’époque.

De marchand de tissu, Lehman Brothers passe à la matière brute, avant de diversifier ses secteurs d’activité et de devenir une banque, ne gérant plus le produit mais sa valeur en bourse. Plus rien de concret, mais des capitaux, des intérêts, des titres : de l’argent pour de l’argent, puis la promesse de l’argent, à condition que la machine continue de tourner, toujours, nourrie par l’idée que deux « tu l’auras » vaut cent fois mieux qu’un « tiens ». Et quand s’évanouit le mirage, c’est tout l’empire qui s’écroule – en 1929 comme en 2008.

Parce que les mots ont un impact réel

Au fil des chapitres, à l’image de l’entreprise, l’espace scénique s’agrandit; çà et là, des vestiges de la petite boutique du début, qui n’est plus qu’un vague souvenir.

Narrée par les acteurs et actrices, la saga des frères, des fils, des femmes Lehman ramène à l’échelle humaine l’histoire de ce symbole du capitalisme sans âme. C’est que le cours de la bourse, les taux d’intérêts et autres abstractions ne sont pas que des mots : leurs répercussions sont bel et bien – voire cruellement – concrètes.

Parce que le théâtre, on en mange!

La pièce, écrite par Stefano Massini et ici mise en scène par Olivier Lépine, se consomme à la manière d’un repas à plusieurs services : conquis dès les premières bouchées, on se rend volontiers au dessert. Les ambiances sonores et la musique assaisonnent judicieusement le tout.

À l’ère du visionnement en rafale et des longs films qui se déploient parfois en plusieurs volets, un projet théâtral comme celui-ci, bien rythmé, captivant, et solidement interprété, va de soi.

Chapitres de la chute – Saga des Lehman Brothers vous est servie jusqu’au 29 septembre au Théâtre Périscope.