<em>Non finito</em> : Approche par projets | 6 juin 2018 | Article par Marrie E. Bathory

Crédits photo : Jonathan Lorange

Non finito : Approche par projets

Montrant des photos souvenirs sur un écran, Claudine Robillard énumère les projets qu’elle a entrepris depuis l’enfance – herbier, cours de piano, écriture de romans, gymnastique, voyages… – puis laissé tomber.

Jusqu’à l’élément déclencheur de ce projet-ci : la performance intitulée « Faire de quoi de grand », que Claudine, sur le point de frapper un mur, encore un autre, a pour le moment mise sur la glace.

Non finito est le moyen détourné de résoudre cette dernière impasse. Ses complexes liés à l’inachèvement trouvent écho chez des gens qu’elle croise – Evangelos Desborough, Abolfazl Habibi, Niloufar Khalooesmaeili, Jonathan Morier, Richard Touchette. Ensemble, ils formeront une sorte de groupe de soutien; ensemble, ils concrétiseront Non finito, à travers quoi ils réaliseront chacun, d’une certaine façon, un projet non terminé.

La question qu’ils posent : par ce moyen, l’art peut-il avoir une incidence sur le réel?

Angoisse de performance

On ne rêve pas seulement de jouer d’un instrument, de pratiquer un sport, mais d’y exceller. Claudine ne fait pas exception : le spectateur comprend, au fil de son récit, que perfectionnisme et attentes trop élevées sont à l’origine de plusieurs déceptions. La crainte de (se) décevoir mène à la procrastination, puis à l’abandon. Et l’accumulation de projets inachevés nourrit un sentiment d’échec.

S’en sortir implique d’accepter que le résultat obtenu ne soit pas forcément à la hauteur de ce dont on avait rêvé. Néanmoins on obtiendra un résultat, concret, et le sentiment de libération qui vient avec.

Ainsi l’échec, ou le caractère achevé ou non de ce qui est entrepris, dépend des objectifs fixés. C’est une question de point de vue : on peut considérer ses essais passés, dont on finit par faire le deuil, comme de l’enrichissement, sorte d’engrais qui nourrira les projets futurs.

Décloisonnement

La mise en scène, d’Anne-Marie Guilmaine, utilise judicieusement l’espace. Claudine amène littéralement le public à changer de perspective, et à mesure qu’elle trouve des solutions pour faire avancer le processus, l’espace s’agrandit, les cloisons tombent, les portes s’ouvrent, les possibles éclosent.

 

Non finito sera à nouveau présenté ces 6 et 7 juin à la Caserne Dalhousie, dans le cadre du Carrefour international de théâtre.