Radi, pour l’amour de la mémoire | 23 octobre 2018 | Article par Émile Vigneault

Crédit photo: Geneviève Tremblay

Radi, pour l’amour de la mémoire

Radi, c’est l’enfance romancée de l’écrivaine Antonine Maillet. Portée à la scène par la troupe Campe, qui nous avait offert notamment « Détour de chant », la pièce met en vedette des marionnettes manipulées par des acteurs acadiens, dont on prend plaisir à savourer l’accent chaleureux qui donne son plein éclat aux dialogues.

La pièce nous plonge dans le quotidien d’une petite fille de 9 ans à l’aube de la Seconde Guerre mondiale, dans une Acadie qui cherche à s’affirmer face au Canada anglais et au Québec.

L’histoire est avant tout celle d’une rencontre entre le passé et le présent, entre l’enfance et le vieil âge, avec la mémoire, collective autant que personnelle, comme fil conducteur. D’entrée de jeu, on assiste à la rencontre entre Radi, enfant curieuse pleine d’entrain, et Radegonde, la femme qu’elle deviendra bien des années plus tard. Ces deux visages d’une même femme s’entraideront dans la traversée de  l’existence et dans les choix qu’elles devront faire pour prendre leur destin en main à travers les péripéties de cette année 1938-39.

Le scénario, directement inspiré de trois ouvrages autobiographiques d’Antonine Maillet (On a mangé la dune, Le chemin St-Jacques et Le temps me dure), nous met en contact avec le quotidien et les proches de la petite fille, constellation humaine dont le ciel est ce village plein de vie avec ses espoirs et ses jeux, mais aussi ses drames et ses clivages.

À travers les périls, la joie

Tout n’est pas rose, en effet, au doux pays de la Sagouine. Il est mal vu de parler à ceux qui habitent la moitié la plus défavorisée de la communauté, qui vit de l’autre côté de la voie ferrée et qui parvient tout juste à vivoter dans l’indigence. Le spectre de la grande récession des années 1930 est présent partout, et la banqueroute guette les infortunés sur qui peut s’abattre inopinément la maladie ou le chômage. On parle avec crainte de la guerre qui point à l’horizon des vieux pays et qui emportera « nos gars » au front.

Et puis il y a la sévère badine de l’assimilation qu’on vous enfonce dans la gorge chaque jour d’école, l’instruction se faisant exclusivement dans l’anglais de sa majesté, sans compter le conservatisme ambiant qui ne laisse aux petites filles que l’espoir de devenir religieuses, vieilles filles ou femmes au foyer… Dure réalité pour la gamine ambitieuse, idéaliste et débordante d’énergie qu’est Radi.

Pourtant, la joie transparaît à travers tous ces périls, joie de se rappeler, ensemble, d’où l’on vient, joie de la solidarité, du quotidien et de la parole partagés. Cette mémoire, mémoire constamment ravivée, cette « ligne à hardes » qui nous rattache à nos ancêtres comme à notre devenir, constitue le cœur du propos. La galerie de personnages colorés de toutes les générations nous donne le sentiment d’une grande famille. À travers son avatar Radegonde, ce ne sont pas seulement les souvenirs d’Antonine Maillet que l’œuvre exalte, mais bien ceux de tout un peuple.

Mise en scène par Patrick Ouellet et Geneviève Tremblay, Radi est présentée à Premier Acte du 23 au 27 octobre 2018 et met en vedette Bianca Richard, Ludger Beaulieu et Isabelle Bartkowiak, tous trois issus du département d’art dramatique de l’Université de Moncton et cofondateurs du Théâtre La cigogne. La scénographie inspirée est conçue par Vano Hotton et les éclairages sont l’œuvre de Jérôme Huot.

Un thé avec Antonine Maillet

La pièce et l’univers d’Antonine Maillet vous inspirent? Ne manquez pas l’occasion de rencontrer en personne la fameuse auteure acadienne autour d’un thé gratuit à la Maison de la littérature, le jeudi 25 octobre à 16 h. Il s’agit de l’une des merveilleuses activités offertes par le festival Québec en toutes lettres. Quelle meilleure occasion pour vous frotter de près à son œuvre que de jumeler la pièce Radi à cette rencontre privilégiée?