<em>Solar Equation</em> brille pour tout le monde | 26 septembre 2018 | Article par Suzie Genest

Rafael Lozano-Hemmer, Solar Equation Chandelier, 2018.

Crédit photo: MNBAQ, Idra Labrie

Solar Equation brille pour tout le monde

Alors qu’un automne impulsif claquait la porte d’un été exceptionnel, le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) préparait le dévoilement de l’installation Solar Equation. Rayonnant jusqu’au 24 février 2019 dans le Grand hall du pavillon Pierre Lassonde, l’œuvre à grande échelle de l’artiste Rafael Lozano-Hemmer vient rappeler dans la froide grisaille que l’art, la science, le soleil brillent pour tous.

Le dispositif de trois mètres de diamètre, une reconstitution du soleil pesant quelque 1 500 kilogrammes, se compose de 25 580 lumières DEL sur 342 réglettes d’aluminium. Son mouvement, en perpétuel renouvellement, repose sur des équations de dynamiques de fluides, grâce à des données recueillies par l’observatoire du soleil de la NASA.

En choisissant parmi 11 saisons solaires, on peut interagir avec l’installation et moduler ses turbulences lumineuses. Écologie, astronomie, technologie, philosophie : l’expérience proposée se prête à une réflexion sur notre planète qui peut emprunter plusieurs avenues.

Présentée au MNBAQ en première canadienne avec la collaboration de l’Amore Pacific Museum of Art de Séoul, Solar Equation a visité auparavant l’Allemagne, l’Australie, l’Angleterre, la Corée du Sud.

Art + science + espace public

Rafael Lozano-Hemmer, Solar Equation Chandelier, 2018.
Crédit photo: MNBAQ, Idra Labrie

Pour l’artiste Rafael Lozano-Hemmer, né au Mexique et diplômé de l’Université Concordia en chimie physique, la science tient lieu de muse : « La science est très intéressante, pleine d’incertitudes et de comportements excentriques. Sur le plan créatif, esthétique, c’est une grande inspiration ». Dans le cas de Solar Equation, il cite l’influence du travail en géométrie immersive d’artistes latino-américains – Jesús Rafael Soto, Carlos Cruz-Diez, Julio Le Parc – aussi bien que de scientifiques renommés, dont Pierre de Fermat, Oleg Losev, Shuji Nakamura. L’installation finale a exigé presque une décennie de développement.

« Le travail sur l’imagerie du soleil a débuté il y a 9 ou 10 ans. Nous avons fait voler un immense ballon de 14 mètres de diamètre de nuit, à Melbourne en Australie. Pour y ajouter de la turbulence, nous avons utilisé des projections. […] Notre première pièce auto-illuminée à DEL était plate [en deux dimensions], en 2011. »

Dans l’équipe de 14 personnes avec laquelle il travaille en atelier, la moitié sont programmeurs, scientifiques; l’autre moitié, artistes et architectes. Les scientifiques s’intéressent à l’art et les artistes, à la programmation, dit-il. Cet intérêt mutuel, il souhaite par ses œuvres l’éveiller dans le public également.

Si elles sont ambitieuses, voire complexes, sur le plan technique, les œuvres d’envergure de Rafael Lozano-Hemmer, qui se réclament de l’architecture relationnelle, se veulent accessibles. Il les envisage comme des occasions de redécouverte de l’environnement urbain et de rencontres, pour tous.

« C’est bien de présenter Solar Equation ici. Ce pavillon est comme un espace public, on n’a pas à payer pour y entrer. C’est comme un espace entre le musée et la ville, j’adore ça. Il est important d’avoir des œuvres qui servent de catalyseurs, qui amènent les gens à entrer et s’engager plus loin. »