<em>Un homme sage-femme</em> | 7 décembre 2018 | Article par Catherine Breton

Crédit photo: Philippe Chaumette

Un homme sage-femme

Si le titre du dernier documentaire de Martine Asselin est accrocheur, l’affiche l’est tout autant. On y voit Louis Maltais, personnage principal du film, affublé d’une veste simulatrice de grossesse, un Empathy Belly en anglais. L’image correspond tout à fait au caractère fonceur, déterminé mais aussi très doux, du premier homme sage-femme du Québec.

La profession de sage-femme existe depuis des lustres : les mères de Socrate et d’Aristote occupaient cette fonction. Pourtant, au Québec, ce noble métier est légal depuis 1999 seulement. Et il est essentiellement occupé par des femmes. Ici, on parle d’un homme sage-femme, un pionnier en territoire féminin.

Martine Asselin dit avoir été séduite par cet esprit libre qu’est Louis Maltais. C’est d’ailleurs une des motivations qui l’a poussée à documenter les quatre années qu’a duré la formation de Louis, à l’Université de Trois-Rivières, au baccalauréat sage-femme. Au-delà du genre masculin/féminin, la réalisatrice était ravie d’aborder le sujet de la pratique sage-femme au Québec.

Le courage de faire fi des préjugés

Il n’y a pas si longtemps, on percevait pratiquement comme des parias les femmes qui osaient s’imposer dans des milieux considérés comme réservés aux hommes. Puis, la hardiesse de la première femme médecin ou l’audace et le cran de la première ministre sont devenus des qualités à acquérir. Aujourd’hui, on pousse nos jeunes filles à suivre leur vocation, quelle qu’elle soit.

Mais qu’en est-il de ces hommes qui s’immiscent dans des domaines réservés aux femmes?

« Ça a toujours été important pour moi de dire que le genre ne devrait pas déterminer ce qu’on a le droit ou pas de faire dans la vie. »

Sur ce point Martine Asselin et Louis Maltais s’accordent.

Construite sur les moments forts du cheminement de Louis, la trame narrative brosse un portrait très humain de ce parcours atypique. Les défis qui attendent l’étudiant sont nombreux et nous font passer par toute la gamme des émotions.

D’emblée, la directrice de l’établissement universitaire prévient Louis au sujet des préjugés auxquels il aura à faire face parce qu’il est un homme. Les a priori des femmes, des conjoints, des sages-femmes, mais aussi ceux des médecins et infirmières en milieu hospitalier, qui entretiennent d’autres types de préjugés à l’égard des sages-femmes.

Certes, comme les infirmiers et infirmières sont régulièrement en contact avec des obstétriciens, le fait que Louis soit un homme les fait à peine sourciller. Cependant, la pratique sage-femme au Québec fêtera ses « jeunes » 20 ans l’an prochain. Et la relation entre les sages-femmes et le milieu hospitalier, deux approches distinctes, requiert encore énormément de diplomatie. Bien que cette tension soit palpable lorsque Louis fait son stage à l’hôpital de Trois-Rivières, on sent également que tous les acteurs sont de bonne foi.

L’humain avant tout

Les femmes sont certainement avantagées par rapport aux hommes, par le fait de partager la même anatomie. Encore plus, si elles ont l’expérience de l’accouchement à leur actif. Mais les motivations qui poussent Louis à pratiquer ce métier s’appuient la passion, le respect et la sincérité.

D’ailleurs, il précise qu’il tient à ce nom : sage-femme. Pour lui, l’accouchement appartient aux femmes. Il n’y a donc aucune raison de se faire appeler sage-homme.

Son dévouement émane de tous ses gestes, et son amour pour l’acte de mettre au monde le transporte littéralement. C’est même fascinant de voir la transformation de ce jeune homme qui passe chacune des étapes de sa formation, avec une belle dose d’humilité et de courage.

Il sera assurément un bon sage-femme.

Un homme sage-femme, produit par les Productions Triangle avec la collaboration de Unis-TV, du Fonds Rogers et du FMC, prend l’affiche au Cinéma Cartier le 13 décembre à 19 h 30. La projection sera suivie d’un ciné-rencontre avec la réalisatrice Martine Asselin. Le documentaire est distribué par Spira.