Hackers vs Big Brother | 16 mai 2019 | Article par Catherine Breton

Crédit photo: Rapide Blanc

Hackers vs Big Brother

Êtes-vous un être humain qui consomme ou un être humain qui est consommé ?

C’est, en quelque sorte, la question qu’Alexandre Sheldon, chercheur, journaliste et documentariste originaire de Québec, s’est posé suite à l’affaire Edward Snowden, en 2013, sur la surveillance mondiale par la NSA via Internet et les réseaux cellulaires.

Cette bougie d’allumage l’a lancé sur la piste de hackers et l’a mené à réaliser HAK_MTL, chroniques de la résistance contre la surveillance, présenté au Cinéma Cartier dès ce 17 mai.

La bande annonce du film débute sur une note réaliste et préoccupante :

« Si vous vous demandez comment vous pouvez être surveillé dans le monde en général, je vous répondrai : utilisez votre imagination! »

Car oui, si vous l’ignoriez, la notion de vie privée agonise.

Vous n’avez peut-être rien à cacher, mais vos déplacements, vos habitudes de consommation et toutes ces données que vous partagez sur les réseaux sociaux – photos de familles, vacances, cercle d’ami.e.s, réussites et défaites, name it… – sont autant d’informations qui intéressent les géants du web Google et Facebook, pour ne nommer que ceux-ci.

Heureusement, les hackers se penchent sur la question et sont porteurs d’espoir. Oui, vous avez bien lu, il y a des gens bienveillants parmi les hackers, et les méchants ne sont pas toujours ceux que l’on croit.

Le film

Plusieurs passionnés d’informatique se succèdent tout au long du film pour parler de leur rapport à la vie et aux outils technologiques qui ne cessent de se multiplier. Ils font état de la réalité virtuelle, des dangers qui nous guettent, comme la surveillance, ou de toutes ces choses qu’on nous cache pour toutes sortes de raisons qui vont du contrôle social à la commercialisation des données.

Le réseau Internet est très centralisé, plus que ce à quoi on pourrait s’attendre. Un conférencier donne pour exemple une personne en Équateur qui veut joindre une personne au Pérou, ne se doutant probablement pas que son message transitera d’abord par Miami, un des points névralgiques par lesquels passent la plupart des communications. Il est donc faux de croire que ce qu’on partage se perd dans une mer erratique d’informations.

Les géants du web occupent beaucoup d’espace, sont socialement acceptés – je dirais même adoptés par la majorité – et ne sont pas complètement inoffensifs. Le simple fait qu’ils enregistrent vos données n’est pas à prendre à la légère, puisqu’il n’est pas rare que ces données fassent l’objet de transactions.

La maxime, on la connaît : «Si c’est gratuit, c’est que vous êtes le produit. »

Facebook s’inscrit parmi ces géants qui font preuve d’opacité quant à l’utilisation de leurs données. Depuis le scandale Facebook-Cambridge Analytica, on sait qu’il fait du commerce avec les données de ses usagers. On sait aussi que la structure et les algorithmes que Facebook utilise sont conçus pour influencer les utilisateurs.

Vous vous croyez à l’abri? Défiler un fil d’actualités – triées par des algorithmes pour vous interpeller – formées de gros titres, qui n’ont bien souvent rien à voir avec le réel contenu des articles, encourage forcément une forme de paresse intellectuelle, en plus d’entretenir des fausses perceptions de la réalité.

Certains géants n’ont pas avantage à ce que vous compreniez comment fonctionnent les « bébelles électroniques » qu’ils vous vendent. C’est d’ailleurs pourquoi la garantie d’Apple, par exemple, devient nulle si vous décidez d’ouvrir votre appareil pour tenter de comprendre comment ça fonctionne. Le film met aussi en vedette des férus d’informatique qui s’appliquent à démonter, remonter et bidouiller pour contrer cet autre phénomène pernicieux.

Bref, le réalisateur, par ce film, espère sensibiliser aux enjeux qui entourent les technologies qu’on laisse entrer dans nos vies. Il nous invite à être plus curieux du fonctionnement de ces outils, ne serait-ce que d’un point de vue écologique, pour être en mesure de les réparer, pour se réapproprier notre pouvoir sur ces objets qui font maintenant partie de notre quotidien. Et à refuser de n’être que des utilisateurs passifs.

Pour contrer la surveillance imposée, il existe des alternatives aux services offerts par les géants du web qui engrangent vos données à des fins commerciales. Les pirates rencontrés dans ce documentaire œuvrent sans répit à créer de nouvelles solutions plus transparentes légales, sécuritaires et respectueuses de la vie privée.

En résumé, c’est un documentaire d’intérêt public à ne pas manquer.

HAK_MTL est à l’affiche dès aujourd’hui, 17 mai, au Cinéma Cartier. Le 18 mai, le réalisateur sera présent pour répondre à vos questions.

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