<em>Je cherche une maison qui vous ressemble</em> : tricot identitaire d’hier à aujourd’hui | 14 octobre 2019 | Article par Mélanie Trudel

Crédit photo: Capture vidéo

Je cherche une maison qui vous ressemble : tricot identitaire d’hier à aujourd’hui

Je cherche une maison qui vous ressemble est une ode à la passion, à la poésie et au courage de Pauline Julien et de Gérald Godin. Mais pas seulement. Elle est d’abord un hommage à leurs idéaux.

Une bibliothèque, une contrebasse, une guitare, nous entrons dans la demeure de légendes québécoises.

C’était une époque incandescente, démesurée, bouillonnante, explosion d’amour et de vie post-noirceur, où les mœurs se libéraient au même rythme que la liberté d’expression et de création. De cette épopée sociale et politique, ère émancipatrice de l’envolée culturelle, libération financière, identitaire, artistique, émerge ce désir de reconnaissance, d’être compris et écouté, en tant que peuple distinct.

À 22 ans, Gérald Godin voit pour la première fois Pauline Julien en spectacle et lui écrit une critique enflammée. C’est le début de 30 ans d’amour. Cette grande voix du Québec qui a baigné mon enfance, ce grand poète qui a bercé mon adolescence. Catherine Allard, poignante, magnifique, fougueuse, passionnée, l’étincelle dans le regard, ressuscite cette grande dame monarque, enflammée et vive avec une aisance qui nous émeut aux larmes.

La mise en scène originale de Benoît Vermeulen, sautillant entre apartés des comédiens et des personnages, suscite la réflexion sur les grandes questions identitaires du peuple québécois d’antan et d’aujourd’hui, nos deux grands passionnés étant eux-mêmes très impliqués politiquement pour la cause souverainiste.

Avez-vous soif d’entendre parler d’indépendance, en 2019? Autant qu’en 1980? Qu’en 1995? N’avez-vous pas de frissons lorsque vous regardez la Nuit de la poésie? Et que vous écoutez toutes les chansons de cette époque qui semble révolue? Cette musique effleurant mes émotions, ces paroles sensibles, qui me rendent nostalgique, fière et triste tout à la fois.

Oui, quand j’y pense, pour un instant je souffre de mon pays, de mes racines édulcorées, dans un monde explosé, délabré, où les charpies d’espoir se noient dans un quotidien d’une suicidaire banalité. Je m’ennuie de l’unité et de marcher vers un même but. Ô parfois me reconnaîtrai-je dans la fustigation et l’oeil furieux qui se refuse à une mort identitaire et ravive la furie, celle du besoin d’exister et d’être reconnu, entendu. Car des porte-étendards, il y en a encore, heureusement!

Oui, oui, apparaissent parfois les larmes de la honte, de la frustration, du déni d’être, de l’annihilation de soi, de son peuple, de sa nation. Souveraineté, indépendance, ne sont-ce que des murmures du bout des lèvres dorénavant? L’esprit dans le vide?

En ces veilles d’élections, oui, on peut se le dire : ça peut revenir. Comme une vague nationaliste pondérée, momentanée, qui s’étiole d’un 4 ans à l’autre? Et durant ce temps, les années passent, les pans de notre histoire tranquille noyés dans une mer de stupidité collective et de faux débats. Nous avons développé un esprit critique sur tout sauf sur la nécessité de se souvenir et de croire, amnésie collective et pourtant, c’était il y a tout juste 40 ans!

Pourquoi y croire alors? Parce que c’est la seule avenue possible, pour comprendre comment un peuple envoyé sur une terre à défricher dans le froid a réussi à se lever, se faire asseoir, se relever, se faire rasseoir, se relever encore et finalement continuer à être les carpettes du Canada, encore en 2019.

À qui la tête haute et le coeur affirmé? À quand la libération, l’émancipation? À maintenant! À maintenant!!

Par les mots, les actions, le changement des valeurs, des ferveurs, pour que les choses évoluent! Un autre Refus global, ô que oui! À la rage poétique, audacieuse, ambassadrice, à la force structurelle, porteuse d’idées, de vent nouveau, pour nous, pour nos enfants, notre souveraine nation, libre, fière! Le sentez-vous, ce temps de fraîcheur?

« Ça peut revenir… ». Oui, ça peut, et d’ailleurs, on le sent, mais différemment.

La différence, c’est que notre nation ne se compose plus seulement de Québécois de souche. C’est une nation qui allie l’ancien et le nouveau, sans le repli sur elle-même de ce temps-là. C’est une nation porte-parole de l’humanité, de la fraternité, reconnaissant  la place qu’elle n’aurait jamais dû perdre aux nations autochtones, ouvrant la porte à nos frère venus d’ailleurs également. C’est une nation accueillant l’humain dans son entièreté d’abord. Les enjeux ne sont plus les mêmes, les valeurs ne sont plus les mêmes, la lutte ne sera pas la même.

Je cherche une maison qui vous ressemble, c’est une histoire d’amour, de passion, de fidélité, de déchirure. C’est la mort dans la vie et la vie dans la mort, ce cycle maudit et merveilleux. Aimons-nous assez? Assez pour tout recommencer, tous ensemble? Ce soir, j’ai l’âme à la tendresse… où êtes-vous tous? Vous êtes là, vous êtes là…

Je cherche une maison qui vous ressemble est présentée au Théâtre Périscope jusqu’au 19 octobre.