Médecins de famille : des départs à la retraite qui inquiètent

Trouver un médecin de famille devient de plus en plus difficile pour les citoyens des quartiers Montcalm et Saint-Sacrement.

En 2018-2019, au moins trois médecins de famille prendront leur retraite, et la Clinique médicale du Quartier fermera ses portes à la fin décembre. J’ai voulu prendre le pouls de citoyens qui doivent composer avec cette réalité.

Gérald Gobeil, un résident du quartier Montcalm, a l’habitude de prendre la parole sur le web. Il est blogueur pour Québec Urbain, qui existe depuis près de 19 ans et traite d’urbanisme et de transport. Je suis entrée en contact avec lui parce qu’il a partagé sur Facebook le fait que son médecin de famille, le Dr Dumas, prenait sa retraite. De ce fait, M. Gobeil et son conjoint se retrouvent orphelins de médecin.

Les 12 travaux

Le Dr Dumas pratique à la Clinique médicale la Cité Verte. Cette année, à 70 ans passés, il prend une retraite bien méritée. Personne ne lui en voudra. Cependant, M. Gobeil et son conjoint,  également patient du Dr Dumas, se disent très déçus des options qui s’offrent à eux pour se trouver un nouveau médecin de famille. Une mission affligeante, vous en conviendrez.

« Les médecins, au moment où l’on se parle, n’ont pas l’obligation d’aider leurs patients à se trouver un nouveau médecin de famille. »

Bien sûr, le Dr Dumas a eu la gentillesse d’aviser sa clientèle afin qu’elle s’inscrive au Guichet d’accès à un médecin de famille, le GAMF. Cependant, le temps d’attente, pour M. Gobeil par exemple, est de 313 jours. Sont-ce des jours ouvrables? Le message – qui, soit-dit en passant, est transmis automatiquement – ne le mentionne pas.

Ne pas avoir de médecin de famille quand on est en pleine santé n’est pas alarmant. Mais lorsqu’on souffre d’une maladie chronique, que fait-on?

Heureusement, le sacro-saint Collège des médecins vient d’accorder sa bénédiction afin de permettre aux super infirmières de prendre en charge certains problèmes chroniques.

Mais concrètement, comment seront réglés les problèmes d’accessibilité à un médecin de famille? Les super infirmières ne prendront pas de patients sur le long terme. Elles éteindront les feux, c’est tout. Un diabétique ou un asthmatique qui voit sa condition se dégrader et qui est sans médecin de famille se retrouvera tout de même à l’urgence au final.

Avec pas de rendez-vous

L’autre problème auquel il sera nécessaire de s’attarder est celui de l’accès aux cliniques sans rendez-vous. De plus en plus, elles ressemblent à la maison des fous dans Astérix – comme l’évoquait cette semaine Mylène Moisan dans Le Soleil, pour un autre cas de figure semblable dans un hôpital – puisque plusieurs proposent de prendre rendez-vous au sans-rendez-vous. Une touche d’humour qui ne plait généralement pas aux malades.

« Dans le quartier Montcalm, si je veux aller dans un sans rendez-vous, je vais où? Le CLSC Haute-Ville a fermé son sans rendez-vous. Dans les autres sans rendez-vous, il faut se lever à 5 h du matin pour appeler au sans rendez-vous pour avoir un rendez-vous. Et la clinique la Cité Verte offre un service de sans rendez-vous, mais uniquement pour la clientèle qui est prise en charge par un des médecins à la clinique. »

Bref, il y a un problème d’accessibilité dans le système public. M. Gobeil faisait la comparaison avec Fort Knox. Pas étonnant que les urgences débordent si les cliniques médicales sans rendez-vous se transforment en forteresses.

L’autre option, pour réussir à voir un médecin dans des délais raisonnables, est réservée à ceux qui en ont les moyens.

« Si j’ai un autre pépin, une infection ou autre… Ma meilleure option, c’est d’aller à la Place de la Cité, sortir 100$ et me faire soigner. Le système présentement est ainsi fait, les portes publiques sont fermées. Alors il nous reste l’option privée. »

Dérive

Depuis quelques années, plusieurs Québécois et Québécoises s’entendent pour dire que nous faisons face à un bris de contrat social de la classe dirigeante quant au système de santé.

La création de cliniques médicales privées ne contribue qu’à l’effritement du système de santé public, dont nous nous sommes collectivement dotés en 1971, suivant les recommandations de la Commission Castonguay de 1970. Mais depuis 1999, avec le rapport du Groupe Arpin, on fait une grande marche en avant vers le passé.

Les ministres de la santé se succèdent, tout comme leurs ritournelles. La gestion du système de santé québécois présente un défi de taille. La population vieillit. Les salaires des médecins spécialistes explosent,  ce qui a un effet sur les étudiants en médecine, qui boudent de plus en plus la pratique de la médecine familiale. Le mode de rémunération des médecins contient également plusieurs absurdités. Les quotas auxquels les médecins doivent répondre aussi. Régulièrement dans les médias, on parle de burn out de médecins, d’infirmières, de préposés aux bénéficiaires.

Il est évident qu’une refonte du système est nécessaire. Est-ce que l’humain sera au centre de ce remaniement? Je le souhaite de tout cœur.

Pourrons-nous sauver notre beau système de santé publique? C’est mon vœu le plus cher et je sais que le Québec en a les moyens et que c’est la voie à suivre pour le bien de tous et toutes.