Rufus Wainwright : brillante fête  | 22 mai 2019 | Article par Léa Fischer-Albert

Crédit photo: Ian Laidlaw

Rufus Wainwright : brillante fête 

Hier, dans une salle Louis-Fréchette bondée au Grand Théâtre de Québec, Rufus Wainwright célébrait 20 ans depuis la sortie de son premier album éponyme. Un tour de chant de haut calibre ponctué d’interventions charismatique et de costumes flamboyants. Lui et son band de cinq musiciens ont généreusement interprété 25 chansons sur scène.

Retour à la base

Les lumières s’allument sur une toile de fond représentant Montréal. Rufus s’avance, habillé en dandy montréalais dans un magnifique complet rayé, portant un grand chapeau haut-de-forme. La première partie du spectacle se concentre sur son premier album sorti en 1998, Rufus Wainwright. La soirée est lancée avec « April Fools ». Il n’y a pas à dire, le chanteur a peut-être un peu de gris dans ses cheveux, mais outre cela, sa voix n’a pas vieilli. Quelle force et quelle présence sur scène!

On sait que Leonard Cohen était le grand-père de la fille de Wainwright et un ami proche de sa famille. Cohen n’était pas reconnu pour être très éloquent par rapport à la musique de ses collègues; Wainwright mentionne d’ailleurs qu’ils n’en parlaient jamais. Cependant, lorsque « Sally Ann » est sortie en 1998, il semblerait que Leonard Cohen ait écouté la chanson en boucle pendant deux jours, selon ce que raconte Rufus Wainwright.

« Je ne saurai jamais ce qu’il pensait de ma musique, mais j’ai ça », dit-il avant de se lancer dans son interprétation.

C’est toute qu’une consécration que l’une de ses chansons soit devenue l’obsession de Leonard Cohen!

Un moment poignant de la première partie est l’interprétation sans pareille de « Both sides now » de Joni Mitchell, qui a récemment célébré son 75e anniversaire avec Wainwright lors d’un concert hommage. On retrouve cette magnifique interprétation sur son album Northern Stars paru pour le 375e anniversaire de Montréal, qui compte uniquement des chansons de musiciens canadiens – Joni Mitchell, Kate McGarrigle, Neil Young, Leonard Cohen, Arcade Fire, Céline Dion, etc.

La première partie du spectacle se termine sur une magnifique interprétation d’une des plus récentes chansons de Rufus Wainwright, « Sword of Damocles », sortie en octobre 2018, juste avant les élections de mi-mandat aux États-Unis, ce qui fait dire à la blague à l’interprète :

« Ma musique a encore une fois sauvé le monde! »

L’opéra de Wainwright

La seconde partie commence fort avec l’arrivée de Rufus Wainwright accoutré d’un excentrique manteau recouvert de boutons et paillettes multicolores et affublé d’un chapeau haut-de-forme bien plus petit, plutôt mal en point. En toile de fond, Montréal a fait place à New York et au Chelsea Hotel, où il a résidé six mois pour écrire son second album Poses. Période d’excès pour Wainwright, très bien exprimée dans l’ambiance de la deuxième partie.

Il se lance tout de suite avec « Cigarettes and Chocolate Milk » et entame un marathon de chant digne des grandes rock stars. De peu de mots pendant la deuxième partie, il se montre cependant très généreux de voix et de chansons, portant parfois la cape à plumes, d’autres fois un costume plus épuré. La voix exceptionnelle de Wainwright remplit la salle pour les douze chansons de la deuxième partie : « Greek Song », « Poses », « Shadows », « California », « Tower of Learning », « Grey Gardens », « Rebel Prince », « The Consort », « One Man Guy », « Evil Angel », « In A Graveyard ».

La troupe revient pour trois chansons en rappel, dont l’incontournable « Going to a Town ». Une exceptionnelle soirée se termine sur une telle interprétation de « Across the Universe » des Beatles que l’on pourrait croire que cette chanson est sienne.

Rufus Wainwright a peut-être 20 ans de carrière derrière la cravate – et, selon lui, « une bedaine » – mais il est loin d’avoir atteint sa date de péremption. Les 1500 chanceux qui ont vu son concert hier peuvent en témoigner.