<em>Pour qu’il y ait un début à votre langue</em> : Désobéir, jusqu’à la fin | 22 janvier 2020 | Article par Marrie E. Bathory

Crédit photo: Dylan Shepe

Pour qu’il y ait un début à votre langue : Désobéir, jusqu’à la fin

Pour paraphraser le personnage de Wilson, il y a vivre en face du Kilimandjaro et vivre en face d’un Jean Coutu. C’est différent.

Frédéric (Frédéric Lemay) et Wilson (Jonathan Saint-Armand) rêvent d’une terre à eux, d’un exil loin de la banlieue et du balôné. Ceux qui se déclarent frères de sang revendiquent une liberté pleine et entière qu’ils n’ont, concrètement, pas les moyens d’atteindre. Leur imaginaire s’enfle jusqu’au désordre, puis jusqu’au délire. Du Souffle de l’Harmattan de Sylvain Trudel on reconnaît les deux garçons, ici adolescents, et une Odile cette fois affirmée (Pascale Renaud Hébert), voix de la raison essayant de prévenir le désastre.

Dix ans plus tard Frédéric s’apprête à mourir, déçu de n’avoir, au bout du compte, rien vu du monde auquel il avait aspiré.

« On est qui on est, la famille c’est la famille »

Tour à tour les parents et grands-parents de Frédéric visitent sa chambre d’hôpital. Enchaînés par l’ordinaire, attachés qui à sa rôtissoire, qui à son ordinateur, ils répètent compulsivement les mêmes gestes, les mêmes phrases, impuissants face à la mort du jeune homme et confrontés à leur propre insignifiance.

Devant eux Frédéric se tait, ultime acte de rébellion.

Désobéissance incivile

Chacun des comédiens s’investit pleinement dans ce texte poétique qui se veut plus grand que nature. Jonathan Saint-Armand incarne toute la fièvre de Wilson; Frédéric Lemay passe de la prose incendiaire aux silences empreints de la douleur du mourant. Et que dire de la mère (Nathalie Mallette) et de la mamie (Linda Laplante), tout à fait truculentes!

La mise en scène fait écho à cette poésie, sème le désordre et, jusque dans le public, un inconfort générateur d’inspiration.

La pièce de Steve Gagnon lance un appel à la colère, à l’indignation contre ces clôtures blanches étouffeuses de fucking joie.

Pour qu’il y ait un début à votre langue n’est présentée au Théâtre Périscope que jusqu’au 25 janvier.

En savoir plus sur...