Saint-Sacrement, une pure fabrication de la spéculation immobilière

enteteL’histoire urbanistique du quartier Saint-Sacrement est typique des streetcar suburbs de la première moitié du XXe siècle, ces banlieues influencées par l’utilisation du tramway que l’on retrouve aussi dans le Vieux-Limoilou et Maizerets. Une compagnie immobilière, la Montcalm Land a aménagé un immense terrain, dont les limites seraient aujourd’hui  les avenues Holland et Eymard, pour en faire un vaste développement domiciliaire au tournant des années 1910.

Forget
Rodolphe Forget en 1911 (Bibliothèque et Archives Canada)
Au début du XXe siècle, Rodolphe Forget, directeur de la Montcalm Land Compagny, entrevoit le potentiel de sa propriété, encouragé par la construction des usines du Transcontinental (aujourd’hui le parc industriel Saint-Malo) et son flot d’ouvriers. Rodolphe Forget, puissant et controversé homme d’affaires, a des intérêts financiers notamment dans l’hydroélectricité, les transports, l’acier et les banques. Parmi ses compagnies, on retrouve la Quebec Railway, Light, Heat and Power qui comme son nom l’indique, contrôle la quasi-totalité du réseau de tramway et des services publics comme l’électricité dans la ville de Québec. De plus, Rodolphe Forget, également député conservateur à la Chambre des Communes, entretient d’étroits liens avec le conseil municipal de Ville-Montcalm, qui avait entre autres le pouvoir de voter les règlements de lotissement. Ainsi, on constate facilement que le développement immobilier du Parc Montcalm, le futur quartier Saint-Sacrement, laissait présager d’importants profits pour ses investisseurs.
VueFrontenac
La rue Garnier depuis l’église vers 1930 (Archives de la Ville de Québec)
À la mort de Forget en 1919, le Parc Montcalm est un succès mitigé. En 1921, soit une décennie après la construction des premières habitations, environ 1800 personnes habitent les terrains de la Montcalm Land, principalement sur les actuelles rues Frontenac, Garnier et Marie-Rollet ainsi qu’au long du chemin Sainte-Foy, de l’avenue Marguerite-Bourgeoys et du boulevard de l’Entente. Ceux-ci vivent principalement dans des immeubles à logements, des maisons en rangée et dans quelques unifamiliales. Une ligne de tramway est construite. Celle-ci suit le tracé de l’avenue Marguerite-Bourgeoys et se rend à la Jonction Sillery, une station située au coin René-Lévesque et des Érables. Enfin, les pères du Très-Saint-Sacrement, installés depuis 1895 à l’intersection du chemin Sainte-Foy et de la côte Bell (aujourd’hui Saint-Sacrement), érigent leur monastère en 1916 et leur monumentale église en 1922. De plus, les frères Maristes construisent l’école de Saint-Sacrement en 1923.

Un rêve en devenir

Rodolphe Forget a-t-il pêché par excès d’optimisme? En partie. Le Parc Montcalm était un peu trop excentré par rapport à la vieille ville, l’économie de Québec a connu des ratés en raison de la Première Guerre mondiale et les ouvriers ont préféré s’installer près des usines dans Saint-Sauveur. Le quartier Saint-Sacrement a connu son véritable boom après la Seconde Guerre en 1945, propulsé par la généralisation de l’automobile et la prospérité grandissante des ménages. Avec le développement des banlieues dans les années 60, Saint-Sacrement est devenu un quartier central, près des pôles d’emplois et de services.Aujourd’hui, les rues bordées d’arbres gigantesques, les maisons de briques rouges et la vie de quartier dynamique font sa renommée un peu plus de 100 ans après le rêve de Forget.