Une image vaut mille mots

danse_avec_les_garconsLa complicité est palpable entre la chorégraphe Karine Ledoyen et le comédien Éliot Laprise. L’entrevue pour parler de Danse de garçons qui sera présenté du 4 au 8 novembre au Périscope a été ponctuée de nombreux d’éclats de rire.Qu’on se le dise, Karine Ledoyen ne se considère pas comme une chorégraphe dans ce spectacle-là, mais comme une coach, voir une maman qui encadre une gang de gars qui tripent ensemble.«Mon rapport avec le groupe n’est pas comme avec des danseurs. Ce ne sont pas les mêmes consignes qui vont stimuler et faire bouger les comédiens», explique Karine Ledoyen.Selon la jeune artiste, elle doit utiliser une stratégie qui va vers l’imaginaire et donner un sens à ce qu’ils sont en train de faire. En voyant l’énergie du groupe, Karine Ledoyen s’est dit qu’il fallait protéger ce qui existait.«C’est une énergie brute contrairement aux danseurs qui maitrisent tellement leur corps. », affirme-t-elle.En les observant, Karine Ledoyen a remarqué qu’une fois fatigués par les mouvements, les garçons laissaient apparaître leur vulnérabilité. Elle a donc fait en sorte de les faire bouger un maximum à travers des jeux. Le spectacle d’une durée d’environ 50 minutes est construit sur une multitude de jeux où il y a des gagnants et des perdants, des équipes et du challenge. En fait, on y trouve tout ce qui constitue l’univers des garçons. À travers les jeux les spectateurs vont entrer dans l’intimité des comédiens.

«Ils ont chacun des personnalités différentes et j’ai travaillé autour de ce qu’ils avaient à m’offrir et ce qu’ils avaient envie de partager. C’est un super manifeste pour les comédiens, c’est une prise de parole très forte.»

Éliot Laprise qui interprète l’un des sept danseurs abonde dans le même sens. Selon lui, ce qui ressort de ce spectacle c’est le désir de parler de la masculinité, mais pas au sens propre du terme.

«Pour moi, c’est de parler de nos convictions profondes, on est des amis dans la vie et on partage les mêmes questionnements, le spectacle parle de nous, ce qu’on est en tant qu’individu, en tant que groupe et comme on est sept gars on fait le lien avec notre fragilité ou la fragilité de l’homme ou encore la rage de l’homme», confie Éliot Laprise.«On est centré sur nous en tant que groupe et nos mouvements peuvent être interprétés de mille façons. On n’a aucun problème à aller dans des émotions que les gars n’aiment pas aller normalement, on passe d’une niaiserie à quelque chose de super sérieux, ça fait partie de nous», ajoute-t-il.

Une image vaut 1000 mots Selon le comédien, on vit dans une société où l’information à travers les mots prend beaucoup de place. Le théâtre c’est aussi de raconter des histoires. Pour Éliot Laprise la danse peut remplacer les paroles par des images qui laissent place à l’interprétation.«Comme comédien, on a le réflexe de vouloir parler beaucoup, il a été question de mettre des bouts de textes, mais finalement on n’avait pas envie de parler», souligne-t-il.Karine Ledoyen renchérit en disant que la danse appelle à la kinesthésie des corps.

«Tu reçois le spectacle par ton corps, ça laisse des traces en toi, il y a une réflexion qui se fait en même temps. L’énergie de ce spectacle parle de fraternité, d’un monde masculin. Ils montrent leurs sentiments de manière pudique et c’est presque accidentel.»

Il a fallu deux ans de laboratoire pour arriver à ce résultat, des étapes ont été franchies au fil du temps sans pour autant essayer de faire des comédiens des danseurs. Pour l’aider dans sa tâche, Karine Ledoyen s’est entourée d’un danseur professionnel, Fabien Piché. Si au début les comédiens n’étaient pas très chaud à l’idée de peur de se faire juger sur leur façon de danser, ils l’ont adopté dès qu’ils l’ont rencontré.«J’avais besoin d’une référence masculine. C’était un grand défi pour le danseur de devoir s’adapter aux comédiens et se mettre dans la même énergie», déclare Karine Ledoyen.Pour la chorégraphe, il est important de ne pas voir la danse comme s’il y avait différents niveaux, mais plutôt comme un cercle. Et il ne faut surtout pas considérer l’interprétation de Fabien Piché comme une régression. Au contraire, il explore une autre zone de la danse.

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