Le NoShow : L’envers du décor

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Avant même que ne débute « officiellement » la pièce, la table est mise à l’extérieur comme à l’intérieur du Théâtre Périscope, pour ce spectacle-concept. Le NoShow vise notamment à nous faire prendre conscience de nos choix, individuels et collectifs, à nous faire réfléchir sur la création, mais surtout à nous faire voir, vivre et ressentir l’envers du décor.

Du théâtre-réalité

S’agit-il d’une expérimentation ou de théâtr(e-ré)alité ? Que signifie véritablement le titre NoShow ? Malgré des textes préparés, nous, les spectateurs, sommes amenés à contribuer au scénario de cette pièce qui se déroule, pour une large part, à la façon d’une télé-réalité, et cela ne manque pas de nous déstabiliser.

J’ai dû rapidement faire le deuil de ce moment d’abandon tant prisé où je m’oublie en tant que spectatrice, et en tant qu’individu, pour faire corps avec l’action qui se déroule devant moi sur la scène. C’est ce qu’on appelle la magie du théâtre. Ce qui ne veut pas dire que la magie n’opère pas dans ce spectacle, mais seulement que celle-ci se trouve dans des lieux où on ne l’attend pas, par exemple, à l’extérieur du théâtre, dans les coulisses ou encore chez un spectateur.

Une pièce engagée

Cette pièce est résolument de nature engagée. Elle impose au spectateur à faire des choix, à prendre part au scénario et à participer au processus de création. Souhaite-t-elle inverser les rôles en faisant de nous un consommateur consommé ou une matière à création ? Il faudrait le demander à Alexandre Fecteau qui en a eu l’idée originale, car au final, cela est impossible à dire, sinon qu’on souhaite nous faire voyager dans les paradoxes de la société de consommation.

En effet, l’un des « problèmes » dans notre société n’est-il pas qu’elle tend à tout transformer en « bien de consommation » et qu’on en arrive ainsi à perdre de vue l’humain qui existe derrière l’objet ? Cette pièce tenterait donc, à sa façon, de nous révéler la force sensible à l’œuvre dans l’ « objet théâtral », cette force qui lui permet d’exister.

Improvisation contrôlée

Quelle valeur accordons-nous au théâtre ? Le jeu en vaut-il la chandelle ? Ces questions en cachent aussi plusieurs autres qui, insérées en filigrane dans les textes, nous ramènent au passage parfois difficile de la trentaine. Cet âge situé entre deux âges et où on se demande si nous avons fait les bons choix, s’il est trop tard pour changer de carrière, de conjoint, de ville, etc.

Dans cette pièce, les interprètes Hubert Lemire, François Bernier, Francesca Bárcenas, Frédérique Bradet, Christian Essiambre, Florence Longpré et Julien Storini nous invitent aussi à prendre position, à nous responsabiliser, sans pour autant se faire les moralisateurs et les défenseurs d’une vision qui seraient meilleures que les autres.

Le NoShow est une improvisation contrôlée, voire dirigée, qui laisse une place immense au spectateur, ce qui permet d’autant plus d’apprécier la complicité de ses artisans.

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Une pièce qui peut s’avérer à chaque fois différente, et donc à voir, encore et encore et encore.

À l’affiche au Théâtre Périscope jusqu’au 2 mai 2015.

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