Macbeth : de glace et de sang

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Qu’est-ce qu’un classique ? Une œuvre qui mérite d’appartenir à la culture générale, qui est enseignée en classe, ou encore qui a atteint une telle notoriété qu’elle devient une référence en son genre ? Macbeth est sans doute tout cela, et plus encore. En effet, l’époque historique à laquelle la pièce fait référence, celle du roi des Pictes qui vécut de 1040 à 1057, est davantage utilisée comme toile de fond dans laquelle se déploie une tragédie humaine et intemporelle : celle de la soif du pouvoir.

Il est difficile de faire nouveau quand on aborde une telle œuvre. Mais est-ce vraiment nécessaire ? Pour Marie Josée Bastien, metteur en scène, la nouveauté est davantage « dans le point de vue avec lequel on aborde un classique ». En montant la pièce, cette passionnée de Shakespeare souhaitait nous faire voyager dans la démesure de l’univers du célèbre auteur, là où tout devient « une question de vie ou de mort », un « retour à notre nature profonde et animale ».

Rêve et réalité

La prestance et la stature de Jean-Sébastien Ouellette servent admirablement bien ce personnage plus grand que nature qu’une inextinguible soif de pouvoir amène rapidement à vouloir franchir la frontière entre le fantasme d’accéder au trône, et la sanglante réalité pour y parvenir et y demeurer. Alors que son titre de thane, son château, ses amis et sa femme semblaient le combler, alors que tout semble montrer qu’il menait une vie heureuse, voilà que le désir de devenir roi s’empare de son esprit. Encouragé par sa femme (Érika Gagnon), elle-même dévorée par l’ambition et pressée de voir s’accomplir la prophétie annoncée par trois sorcières, il se met dès lors à comploter l’assassinat du roi.

Dans le ventre du monstre

C’est dans une nature sauvage, primitive, gorgée de sang, de sueur et de métal, que se déroule l’histoire. La scénographie de Marie-Renée Bourget Harvey est à ce point efficace qu’elle nous semble vivante. En effet, tous les éléments utilisés sont mobiles et peuvent constamment être déplacés pour créer et recréer le décor, dans une sorte de danse organique qui n’a rien de tranquille. En ce sens, la scène est un personnage en soi, une sorte de monstre cauchemardesque, insaisissable parce qu’il change constamment d’apparence, à la façon du Nyarlathotep de Lovecraft. En nous montrant l’effet inconscient de ses fantasmagories, elle pourrait ainsi symboliser la folie de Macbeth s’enfonçant de plus en plus dans son chaos intérieur.

La lumière qui aveugle

Là où tout brille. De la couronne du roi aux épées, châteaux et mobilier. Là où tout est lumineux jusqu’à nous éblouir, se cachent pourtant des recoins sombres. Des lieux semblables à des trous noirs et qui, aspirant le trop-plein de lumière, tendent à rétablir l’équilibre. C’est le rôle que semblent jouer les costumes d’inspiration gothique de Sébastien Dionne, par leurs couleurs, leurs textures et même leurs fibres utilisées pour contrer la brûlante et aveuglante paranoïa de Macbeth. Ainsi agit pour moi l’armée de costumes, ou forêt de soldats, qui occupa le mur arrière de la scène lors du combat entre Malcolm, héritier légitime du trône d’Écosse, et le faux roi possédé par sa folie meurtrière.Macbeth est une pièce intense qui ne fait pas dans la demi-mesure. C’est à un véritable marathon de testostérone que nous convie ce « Roi d’Écosse ».À l’affiche jusqu’au 16 mai au Théâtre du Trident.

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