Fuck Toute, ou le pari du tisserand

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Théâtre de l’interactivité, Fuck Toute conjure par son refus de la culture de la docilité et un discours du « devenir autrement », à repousser jusqu’à l’exclusion tout asservissement. Inspirée de textes du Comité invisible, du blogue Fuck le monde de Simon-Pierre Beaudet, des Pensées pour jours ouvrables, du  Blog flegmatique d’Anne Archet, Fuck Toute désire ébrouer les pensées cristallisées, par ses mots déposés au creux du nid du cœur.

Accueillis dans un vestibule étroit où sont suspendus, comme autant de missives subversives, de petits cartons qui incitent à l’évasion ou au désenchantement, nous sommes invités à nous mouvoir le long d’un couloir commémoratif, puis dans une loge à micro. Test passé, nous sommes autorisés à pénétrer dans la salle, transformée pour l’occasion en salon aux allures de harem moderne afin de nous installer comme bon nous semble, selon nos désirs.Une phrase, lue au passage, ravive en moi ces questionnements qui me hantent et incendient ma conscience depuis trop longtemps : « Je veux que nous arrêtions de courir, nous n’avons nul besoin de cette merde, je veux te prendre dans mes bras. »Qui, au tréfonds de lui, n’entends pas ces mots, dans cette époque de la rapidité où chacun de nos actes, chacune de nos pensées, sont édictés à des fins de contrôle de masse ? Efficacité, production, compétence, la course au pouvoir, la course à l’argent, la course au temps : autant de dictats qui nous invectivent, jusqu’à l’épuisement total de toute substantifique essence humaine.Quels sont les codes, les règles non écrites qui forment notre société actuelle ? En sommes-nous satisfaits ? Qui n’est pas lassé de cette perpétuelle engeance ? Qui n’a pas envie de s’enfuir et de tout recommencer, loin de la pollution, des voitures, des publicités, des horaires trop chargés ? Comment arriver à se parler, à s’entendre vraiment, afin de les modifier, pour faire naître un endroit où il fera bon vivre et où l’avenir sera plus clément pour nous, nos aînés, nos enfants, nos générations futures ?Pour ce faire il faut, notamment, savoir, comprendre, et respecter d’où l’on vient. En quelques décennies, le peuple québécois a oublié ses racines, a ridiculisé son patrimoine et son folklore, s’est avachi dans les dédales citadins de la surproductivité. Cette fuite restrictive, nous la vivons tous et toutes, sur la pointe des pieds, au bord du ravin, certains se demandant encore comment on a pu en arriver là, résignés, dociles.Pourtant, il n’en tient qu’à nous de constater que nous sommes des centaines de milliers, au Québec comme à travers le monde, à vouloir nous mobiliser afin d’effectuer les évolutions nécessaires à l’épanouissement de la population : pour l’unicité et l’unité, la culture, l’art, la créativité, l’éducation, et contre le rythme de vie effréné, les lobbys, les étiquettes, la gouvernance corrompue, la performance, et cette surconsommation autant humaine que matérielle, qu’on nous enfonce de force au fond de la gorge.Que ferions-nous s’il nous restait très peu de temps à vivre ? Irions-nous travailler ? Magasiner ?  Nous acheter une nouvelle voiture ? Écouter la télé ? Les radios-poubelles ? Qu’est-ce qui compte vraiment pour nous, sans concession? Que nous chuchote notre intuition, celle que nous n’écoutons plus ? Que ferions-nous réellement ? Et surtout : pourquoi ne le faisons-nous pas pendant qu’il en est encore temps, maintenant? Maintenant.Qu’est-ce qui nous fait vibrer ? Quel est ce lien qui nous unit ? Ce qui nous lie véritablement, c’est ce qui nous meut, nous émeut. C’est le fait de se sentir un avec l’autre, avec tous les autres. Sentez-vous la force colossale d’amour qui nous tisse lorsque, par exemple, nous aimons une même chanson lors d’un spectacle ? Et si nous usions de cet incommensurable pouvoir afin de rétablir l’ordre des choses autant à l’échelle québécoise que mondiale ? L’unité, la solution; la relation à soi-même et à l’autre, dans la réelle vérité, sans filtre, d’humain à humain, dans la sensation, l’intellect, le partage et le sentiment, et non derrière nos écrans.Qui sommes-nous ? En tant qu’individus ? En tant que peuple ? Quels choix ferons-nous ? Quels seront nos combats ? Quels legs seront les nôtres ?Pour être maîtres chez nous, de nous, de nos conduites, de nos valeurs, de nos pensées, de nos actes, nous sommes libres de devenir tisserands, de créer, de sentir, de prendre soin de cette fibre-laine qui nous tricote, puis d’en faire une ceinture fléchée.Et dans mon cœur, mon âme entonne ces vers : « Se parler, se connaître, beaucoup mieux qu’avant, car la Terre, sans frontière, n’est pas jeu d’enfant… Tout serait facile si demain, les grandes villes devenaient, pour un instant, un jardin de printemps. Oui, tellement facile qu’à s’aimer, que se le dire, toute serait, dès ce moment, un paradis de printemps. »Produite et écrite par Catherine Dorion et Mathieu Campagna, Fuck Toute est présentée au Théâtre Premier Acte jusqu’au 4 décembre 2016.  Veuillez noter que deux supplémentaires sont ajoutées à la programmation, soit le 3 décembre en après-midi ainsi que le 4 décembre en soirée.

 

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