<em>Fuck toute</em> – Troubles de l’adaptation | 6 décembre 2017 | Article par Marrie E. Bathory

Crédit photo: Cath Langlois

Fuck toute – Troubles de l’adaptation

Fuck toute n’est pas une pièce, pas vraiment un spectacle; c’est une expérience. Et les mots faillissent à bien traduire l’urgence, la nécessité de la vivre.

« Ce n’est pas un signe de bonne santé mentale d’être bien adapté à une société malade », a écrit Jiddu Krishnamurti.

Le texte de Fuck toute est un collage des mots de Comité invisible; des blogues Fuck le monde de Simon-Pierre Beaudet, Pensées pour jours ouvrables de Bureau Beige et Le Blog flegmatique d’Anne Archet; de Catherine Dorion et Mathieu Campagna. S’ajoutent à cette courtepointe de la musique, et des ambiances sonores qui font voir davantage que le plus ingénieux des décors l’aurait fait.

Mettre en exergue des extraits de pub et de radio dite d’opinion, c’est démontrer que tout ce bruit de fond nous pollue l’espace mental à longueur de vie, à l’instar des stationnements, des boulevards, des centres commerciaux. Ça empeste, comme du jus de vidanges, et ça s’immisce dans le moindre espace qu’une bonne gestion de santé mentale exigerait de laisser vacant.

Parce qu’à force de faire dire les « vraies affaires », on perd de vue les affaires vraies.

Germe de révolte

Catherine Dorion et Mathieu Campagna convient les spectateurs à partager et à faire leur marque, si bien qu’on ne fait pas que recevoir cette puissante charge de révolte : on y participe, un peu.

Fuck toute fait germer une volonté d’insurrection contre ce qui nous déshumanise. Non, on n’en ressort pas déprimé – à moins, vraiment, de n’avoir jamais auparavant constaté l’absurdité du monde. Plutôt, comme le dit doucement Catherine Dorion, on ressent un peu la même chose qu’après un massage ­– vigoureux, et qui se serait attardé sur des points sensibles que les normes sociales commandent de négliger.

Une première mouture de Fuck toute était présentée à pareilles dates l’an dernier; on oserait presque souhaiter que ce soit un rendez-vous annuel – comme une retraite de ressourcement, mais concentrée en moins de deux heures.

À défaut de cela, vous pouvez vous procurer en librairie les recueils Fuck le monde et Pensées pour jours ouvrables (dont les textes sont, oui, tirés des blogues susmentionnés), les lire d’une couverture à l’autre, puis les laisser traîner au bureau à la manière de colis suspects.

Mentionnons que, toujours avec la collaboration de Simon-Pierre Beaudet et de Bureau Beige, entre autres, Catherine Dorion présentera la soirée de clôture du festival Jamais Lu, intitulée As-tu détruit quelque chose de laid aujourd’hui? Mathieu Campagna signe aussi la composition musicale de ce spectacle.

Fuck toute est présenté jusqu’au samedi 9 novembre au théâtre Premier Acte.