<em>Baby-Sitter</em> : Misogynie 101 | 14 novembre 2018 | Article par Marrie E. Bathory

Crédit photo: Véronique Boncompagni

Baby-Sitter : Misogynie 101

« C’était juste une blague. » « On ne peut plus rien dire. » Etc. Comme tant d’hommes après #Moiaussi, Cédric est sur la défensive. Lors d’un match des Alouettes, grisé par la bière, la gang de chums, la foule et une vulgarité mondialement virale, il a offensé une journaliste en ondes. La vidéo a été vue plus de 200 000 fois sur YouTube, ce qui, pour ce père d’un bébé fille, est… une source de fierté.

Mais s’il veut récupérer son emploi, il devra présenter des excuses publiques. Mieux : suivant l’idée de son frère journaliste, il écrira tout un livre sur sa soudaine prise de conscience.

Cédric est un misogyne. Et il n’est pas le seul.

Cinquante nuances de sexisme

« Je suis pas sûre que dans vie t’es soit féministe, soit misogyne, dira Nadine, la mère du bébé. Y me semble qu’y a une zone neutre. »

Cédric sent chavirer son identité de mâle, et pourtant sa remise en question n’en est qu’à ses balbutiements. À peine quelques vaguelettes froissent la surface de son image du monde.

Le frère, Jean-Michel, se croit à l’autre extrémité du spectre. Féministe autoproclamé, il se targue d’être au-dessus de la mêlée. Lui, il comprend comment la société supporte, voire encourage la misogynie. Lui, il sait ce que les femmes ressentent et ne craint pas de le leur expliquer. Fortement atteint d’un complexe du sauveur, il parviendra néanmoins lui aussi à cheminer un tant soit peu.

C’est que, ni dans la pièce ni dans la réalité, la réflexion ne peut en arriver à un point définitif.

Matière à réflexion

Le spectateur qui aurait vécu la dernière année dans une caverne profitera d’un cours de mise à niveau en misogynie, tandis que l’individu·e plus calé·e en la matière se verra proposer un éventail de sujets à approfondir : rôles parentaux genrés, charge mentale, stéréotypes et fantasmes, agentivité et travail du sexe, etc.

La pièce devait être présentée la saison dernière; à l’heure où certaines discussions sont sorties des cercles féministes pour toucher le grand public, elle s’avère encore plus chargée de sens.

Et la baby-sitter, là-dedans?

La baby-sitter, Amy, est un catalyseur. C’est la manic pixie dream girl, la muse venue transformer la vie du protagoniste – non pas Cédric, ici, mais Nadine, en post-partum, qui passe de « neutre » à dominante. Des chandails usés de superhéros à la cape flamboyante.

Amy est vouée à disparaître après qu’on se soit servi d’elle.

Ne nous méprenons pas, cependant : cette relation n’en est pas une de sexe, mais bien de pouvoir.

Baby-sitter est présentée au Théâtre Périscope jusqu’au 24 novembre.