<em>Conversations avec mon pénis</em> : à la rencontre du meilleur ami de l’homme | 3 décembre 2018 | Article par Mélanie Trudel

Crédit photo: Cath Langlois photographe

Conversations avec mon pénis : à la rencontre du meilleur ami de l’homme

C’est une comédie hilarante portant à réfléchir que nous offre le Théâtre du Bistouri avec la pièce Conversations avec mon pénis.

L’homme a de tout temps entretenu une relation très particulière avec son pénis, comme si celui-ci avait une identité propre. Nous avons toutes en têtes des images de frères, de fils ou d’amoureux exécutant des prouesses péniennes qui nous font rouler des yeux. J’en veux pour exemple : la fameuse imitation de l’hélicoptère, les jeux de danses exotiques de salon, les innommables blagues de couilles que l’on retrouve pathétiquement encore dans les films, même en 2018. Ledit vermisseau possède même parfois un nom propre, qui souvent… est féminin!

Les bébés mâles bandent, même dans le giron maternel. L’érection fait partie du bagage quotidien des hommes et des petits garçons. Il est difficile de comprendre la fixation que ceux-ci portent à ce petit machin qu’ils aiment tripoter constamment. Mais à bien y penser, qui n’a jamais jalousé cette haute tige gorgée de sang surplombée d’un clitoris gros comme un pruneau frais?

Conversations avec mon pénis est une psychanalyse de cette relation de conscience quasi constante que l’humain de sexe masculin entretient avec sa protubérance procréatrice. Par tranches de 10 ans, nous suivons d’un œil admiratif et étonné les tribulations de Tom (Marc-André Thibault) et de son pénis (Mary-Lee Picknell). Ils se remémorent tantôt avec plaisir, tantôt avec crainte ou dégoût, certaines de leurs aventures, banales ou pittoresques.

Mary-Lee Picknell est absolument parfaite! Belle, même engoncée dans un habit d’apparat serti de pilosité scrotale, elle livre une performance sans égale. Désopilante, nous comprenons tous ses états d’âmes transmués par ses mimiques au-delà de l’inattendu. Marc-André Thibault est réaliste dans ses excès de colère et ses questionnements. On s’attache facilement à ce duo de feu qui nous émeut, nous trouble et nous plie de rire.

Sous des couverts d’esclaffements garantis, il y a une belle profondeur. L’homme traverse plusieurs périodes clés dans sa vie : les premières masturbations, la perte de sa virginité, le souci de performance, la débandade, les désirs pulsionnels non réfrénés qui conduisent parfois à la catastrophe, la panne de désir, l’influence des émotions sur la « virilité », les questionnements sur l’orientation sexuelle, etc. C’est avec attendrissement que nous sommes témoins de toute la vie de Tom et de son pénis, de leurs conversations, du partage de leurs craintes, de leurs souvenirs et de leurs aspirations.

Étant moi-même mère de trois fils, j’ai beaucoup aimé cette incursion dans le conscient comme dans l’inconscient masculins. Car nous, de sexe féminin, n’entretenons pas du tout ce genre de relation avec notre appareil génital. Et je crois qu’en tant que femmes, nous ne comprenons pas beaucoup ce rapport au corps qu’entretiennent les hommes avec leur sexe.

Brisant tous les tabous avec justesse et sensibilité, Conversations avec mon pénis est une pièce drôle et touchante. À voir si vous désirez passer un bon moment… et en rire encore deux jours plus tard.

Mise en scène par David Strasbourg, du texte de Dean Hewison, traduit par Marc-André Thibault, la pièce Conversations avec mon pénis est présentée au Théâtre Premier Acte du 27 novembre au 7 décembre 2018.