<em>Made in Beautiful</em> –  « Je me souviens » | 25 janvier 2018 | Article par Marrie E. Bathory

Crédit photo: Cath Langlois

Made in Beautiful – « Je me souviens »

L’anglais ostentatoire du titre Made in Beautiful (Belle Province), présentement à Premier Acte, met en évidence cette crainte de la dissolution de la culture québécoise régulièrement invoquée dans les médias.

Le référendum de 1995 aurait été vécu comme un traumatisme originel. Un non-avènement. De cette non-affirmation découlerait l’effritement d’une identité nationale. Mais de quelle identité est-il question, ici?

Halloween en famille

Les Halloweens (plutôt que les Noëls, empreints d’une nostalgie des familles nombreuses et du swignage de bacaisse dans le fond de la boîte à bois) se succèdent et se ressemblent un peu, beaucoup, ou pas du tout. La fête est prétexte à dire sans retenue tout ce qui passe par la tête – remarques grassement racistes comprises ­– au nom de la liberté d’expression et du fait qu’on est « en famille ».

Les années passent et la société, comme la famille, se transforme. De nouvelles réalités bousculent ce qu’on tenait pour acquis. Les idées évoluent, les débats fusent. On revisite par exemple celui de 2012, à propos des frais de scolarité, par un brillant tissage de citations phares de l’époque, que s’approprient les personnages.

La langue, comme l’identité

La perte de mémoire de Linda (touchante Marie-Josée Bastien) coïnciderait avec l’amnésie collective. À la fin, même en suivant une recette en ligne, on n’arrive plus à faire un pâté chinois.

Le glissement vers le franglais, encore souligné par les I love you du père pourtant francophone à son bébé, marquerait aussi cet effacement. Mais était-ce bien plus authentique, deux décennies plus tôt, de jaser de windshield et bumper?

Made in Beautiful n’est pas un manifeste, pas un appel à voter en masse pour le parti de feu Jacques Parizeau. Il s’agit plutôt d’un portrait, ni flatteur ni dénigrant, du Québec des vingt-trois dernières années.

Made in Beautiful, une création du Théâtre Kata, est à l’affiche à Premier Acte jusqu’au 3 février.