Ne sommes-nous pas toutes un peu <em>M.I.L.F.</em>? | 29 novembre 2018 | Article par Mélanie Trudel

Crédit photo: Théâtre du Trillium

Ne sommes-nous pas toutes un peu M.I.L.F.?

Il faut avoir le coeur bien accroché pour voir la pièce M.I.L.F., production du Théâtre du Trillium.

Studio de photo aux lumières crues, musique des plus mystérieuses planant. Une femme, sublimée, dont le corps culte est aussi appétissant que soumis, explore la double facette du paraître et de la réalité pornographique. Le ton est donné. Et il frappe fort.

Mais cette femme, celle qui en apparence idolâtre le saint phallus, qui est-elle? À qui a-t-elle baisé le front le matin même?

C’est une M.I.L.F., a Mother I’d like to Fuck.

Qu’elles servent des céréales, qu’elles achètent des vêtements, qu’elles gèrent les centaines de points à cocher sur la To do list quotidienne, qu’elles débordent d’amour ou d’inquiétude, qu’elles soient complètement dépassées par l’abrutissement de la vie maternelle, du don de soi en continu, sans relâche, jusqu’à la moelle de l’âme, à en hurler, à en pleurer, à en être violentes, en pensée ou dans le geste… Toutes les mères se reconnaîtront dans l’un ou l’autre de ces portraits de la maternité dans toutes ses vicissitudes.

Vous savez bien! Ces phases transcendantes entre amour béat, présence assidue, dévouement sans borne, fatigue, panique, explosion, regrets, amour à nouveau.

Ce cycle, perpétué en mille tableaux qu’on nous enfonce de force dans le cœur, entraîne dans son sillon nos réactions les plus incongrues. De l’éclat de rire au malaise en passant par les larmes, personne ne sortira indemne de cette pièce d’une intensité absolue.

Marjolaine Beauchamp, Geneviève Dufour et Stéphanie-Kym Tougas sont époustouflantes, oscillant d’un personnage à l’autre, d’une énergie à l’autre, jusqu’à la toute fin. Le texte sensible et sans ambages de Marjolaine Beauchamp, mis en scène par Pierre Antoine Lafon Simard, vous prendra de court, vous bousculera. Les ambiances sonores de Pierre-Luc Clément accentuent l’impression psychotique qui pousse la catharsis à son paroxysme.

Parce que donner la vie est aussi donner son corps, son cœur, jusqu’à son dernier souffle, la maternité est l’expérience la plus intense, grandiose, aspirante et inspirante qu’une femme expérimentera dans sa vie. Abordant tous les tabous de ceux qui se confient dans le noir – la colère, la honte ou la peur – M.I.L.F. nous en  présente les travers, mais aussi la lumière rédemptrice au « bout du rouleau ».

C’est une ode sauvage aux cris du déchirement jusqu’à ceux du fond du gouffre, aux berceuses que l’on fredonne au-delà des heures, dans la flottaison des corps purgés de sommeil, à ceux à qui l’on crie « Je t’aime », à ces êtres qui pour toujours seront reliés à nous par un cordon indestructible et nourricier.

Cette mère dont on parle, celle que l’on observe, qui nous ressemble ou que l’on juge, n’est-elle pas tout à la fois une petite fille, une femme, une putain, une sainte, une amie, une sœur? Et nous, ne sommes-nous pas toutes un peu… M.I.L.F.?

La pièce M.I.L.F. est présentée au Théâtre Périscope du 27 novembre au 1er décembre 2018.