S’abattre le mal-être à coups de hache | 7 novembre 2018 | Article par Marrie E. Bathory

Crédit photo: Cath Langlois

S’abattre le mal-être à coups de hache

La fille qui s’promène avec une hache, du collectif Kill ta peur, c’est le mal-être qu’on n’a jamais appris à exprimer autrement qu’en cris, en accès de violence, en vandalisme. Sur scène, la laideur crue se couvre du vernis de l’art; dans la réalité, gageons que le spectateur lambda n’en supporterait pas la vue si aisément.

La vie, sans mode d’emploi

Un village parmi d’autres : Malenfants. Entre le poste à gaz, le pit de sable et la cour d’école, un groupe d’ados cherche quelque chose à quoi s’accrocher. Dans ce coin perdu où chacun se démène comme un char en plein derby de démolition, à essayer de sortir de la mêlée sans perdre trop de morceaux, difficile de rêver plus loin que le bout de son nez. La vie est rêche, et pour se distraire de sa condition, rien de tel que de s’acharner sur pire que soi.

Le groupe d’amis a beau rire d’elle et répandre les pires rumeurs sur son compte, Cindy-Lou s’est trouvé un but : s’enrôler dans l’armée, servir à quelque chose, prouver qu’elle vaut mieux que ces autres jeunes condamnés à perpétuer le cycle. Elle mettra toute son énergie à y arriver, sans autre issue possible que de foncer droit dans un mur.

Habillage de sens

Les graffitis injurieux comme autant d’éclaboussures de révolte, les vêtements mal-seyants qui écorchent l’œil : l’ensemble traduit efficacement la pauvreté matérielle et intellectuelle du milieu.

Comme l’art insuffle du sens à l’absurde du réel, les différents procédés techniques tricotent la narration. Le propos s’habille d’éclairages efficaces, d’une musique et d’un montage sonore plus qu’habiles. Également impossible de passer sous silence l’emploi judicieux de la vidéo et des surtitres.

Une lueur d’espoir pour les protagonistes, peut-être? Peut-être.

Cindy-Lou se promène avec sa hache sur la scène de Premier Acte jusqu’au 24 novembre.