Astronettes : vers l’infinie et plus loin encore! | 23 février 2019 | Article par Émile Vigneault

Astronettes

Crédit photo: Guillaume Perrault

Astronettes : vers l’infinie et plus loin encore!

Présentée au Périscope jusqu’au 2 mars, Astronettes est une œuvre de science-fiction résolument féministe.

On suit, en 2035, les péripéties d’une aspirante astronaute dont le rêve est de s’envoler à bord de la première mission habitée vers Mars. Parallèlement, la pièce nous offre le parcours de trois autres femmes pionnières dont la détermination fait écho à travers l’Histoire à celle de notre protagoniste.

Une œuvre à faire découvrir à toutes les adolescentes

Alexandra David Néel, exploratrice et première femme occidentale à fouler le sol du Tibet, se lance dans ce long périple à travers l’Orient et l’Inde en 1911. En 1963, la russe Valentina Terechkova est la première femme à aller dans l’espace. Pendant ce temps, aux États-Unis, des pilotes féminines tentent de briser le plafond de verre pour pénétrer elles aussi les mystères glacés du vide spatial en participant à un programme d’entraînement secret de la NASA.

Ils s’agit définitivement d’une œuvre à faire découvrir à toutes nos adolescentes et nos petites filles, dans ce monde où la science et l’aventure semblent encore être beaucoup l’apanage des hommes, dans notre imaginaire collectif. Il est important de développer des modèles féminins de pionnières si nous souhaitons comme société rendre les sciences et l’ingénierie réellement égalitaires.

Et des pionnières, l’Histoire n’en manque pas! Outre les femmes dépeintes par le spectacle, on pourrait également citer Ada Lovelace, première programmeuse informatique, Marie Curie, Grace Hopper, conceptrice du premier compilateur, Mary Jackson, mathématicienne pour la NASA, Mileva Maric, épouse et partenaire de recherche d’Albert Einstein qui ne partage pas la célébrité de son époux, et tant d’autres…

Le décor, signé Amélie Trépanier, déborde d’ingéniosité et est judicieusement mis en valeur par l’utilisation de la vidéo (Louis-Robert Bouchard). Les multiples déploiements des éléments scéniques qui émergent du sol font avantageusement écho à l’inventivité des personnages, et l’utilisation de maquettes miniatures joue habilement sur le jeu de perspectives spatiales et historiques qui façonne le développement du scénario.

Moins d’artifices, plus d’authenticité

Astronettes est bien orchestrée par ses metteures en scène, Marie-Josée Bastien et Caroline B. Boudreau. On voit trop peu de science-fiction sur nos scènes. Seul bémol, le ton définitivement artificieux donné aux personnages, particulièrement notre héroïne, qui dans la pièce est québécoise.

Qu’est-ce que cette façon de parler « internationale » que nos acteurs s’imposent, alors que la pièce n’est pas même une traduction mais bien une création? La conception du jeu réaliste telle qu’elle est comprise actuellement mériterait sérieusement d’être remise en question. Les acteurs de Paris ne cherchent pas un Mid-Atlantic French en jouant, et notre propension à le faire dénote une paresse culturelle et un manque de perspective affligeant. Cela décrédibilise le jeu des actrices et coupe totalement l’émotion au profit d’une projection vocale tonitruante, dont les vocalises ne sont pas sans rappeler un cours de diction.

On aurait également aimé, peut-être, partir avec un peu plus de questions, un peu plus d’ouverture, pour cette fresque de la conquête spatiale au féminin. Le tout est bien ficelé mais l’avalanche d’informations qu’on nous projette donne à la pièce un ton didactique et grandiloquent qui empêche la rêverie et l’identification aux personnages, alors que les thèmes de l’espace et de l’autoréalisation sont tellement porteurs de sens. Dommage.

Astronettes, présentée au Théâtre Périscope jusqu’au 2 mars, reste une œuvre à faire découvrir, que je recommande incessamment si vous avez une adolescente!