<em>Beef</em> : avoir le courage et l’audace d’être soi-même. | 25 janvier 2019 | Article par Mélanie Trudel

BEEF présenté à Premier Acte

Crédit photo: Cath Langlois Photographe

Beef : avoir le courage et l’audace d’être soi-même.

Devant nous, une étendue de terre, des lampes de grange, l’odeur humide des bottes de foin, des seaux sales, il ne manque que les vaches!

L’entrée en matière de la pièce Beef surprend, et le voyage ne fait que débuter !

Michel, poète romantique grano et citadin de son état, a toujours rêvé d’avoir une terre pour y faire de l’agriculture biologique. Déraciné, il s’implante en région dans un village où il sera confronté à un monde à l’antithèse de sa personnalité. Il se greffera au microcosme local non sans heurts et moult questionnements. De sa rencontre avec Manon, serveuse au bar du village, naît une union autant improbable qu’incomprise. Leur amour survivra-t-il au choc des cultures?

Dayne Simard interprète Michel d’une manière belle, douce et réaliste. Vous reconnaîtrez sans doute votre ami écrivain, passionné mais introverti, fabuleux sans attirer le regard au premier abord, mais dont la personnalité recèle des trésors sous-estimés.

Nathalie Séguin, dans le rôle de Manon, nous permet de croire en la beauté du monde. Elle aurait pu tomber dans l’exagération, mais la subtilité de son interprétation rend le tout crédible.

Nancy Bernier et Éliot Laprise interprètent des personnages qui nous inspirent tour à tour fous rires, dégoût, étonnement et découragement.

Comment décrire le jeu extraordinaire de David Bouchard? Je crois qu’il n’y a pas assez de qualificatifs élogieux pour le faire! Il est tout simplement éblouissant de magnificence. Beau dans sa détresse, sa vulnérabilité, son regard changeant réellement au gré des émotions, ses mimiques où tout se lit, sa démarche inusitée : le jeu de David, plus dans le senti que dans la paraître, est époustouflant! Pour avoir également pu apprécier son talent lors de la pièce Froid, présentée au théâtre Premier Acte en 2017, je suis subjuguée par sa capacité à se métamorphoser!

La mise en scène d’Anne-Marie Olivier est brillante; l’utilisation de la terre à de multiples escients permet à l’imaginaire d’assimiler toute l’étendue des sentiments, espoirs, peines, frustrations que les personnages veulent transmettre. Bien que le texte soit intelligent, c’est le visuel, surtout, qui est intéressant. Nous comprenons, absorbons les messages par le regard. La qualité du jeu des comédiens y est pour beaucoup.

Métaphoriquement, sortir de la fange, de la terre, du trou, de la merde, est-ce possible? Mais pour aller où? Pour faire quoi? Existe-t-il une possibilité de bonheur pour ceux qui ne cadrent pas avec leur univers ambiant? Doit-on se renier pour plaire? Peut-on demeurer soi-même dans l’adversité?

Écrite et interprétée par Dayne Simard, co-fondateur de La brute qui pleure, Beef est une pièce à voir absolument, pour la qualité du jeu, de la mise en scène, du texte, et pour son originalité. Beef est présentée au théâtre Premier Acte jusqu’au 9 février 2019.