<em>Bonne retraite, Jocelyne</em> : l’art de ne pas aller au-delà. | 24 janvier 2019 | Article par Mélanie Trudel

Les comédiens de Bonne retraite, Jocelyne. / Crédit photo : Stéphane Bourgeois

Crédit photo: Stéphane Bourgeois

Bonne retraite, Jocelyne : l’art de ne pas aller au-delà.

C’est un moment un peu particulier que nous offre Fabien Cloutier avec la pièce Bonne retraite, Jocelyne.

Au départ, un décor aux allures de kit de Playmobil préhistorique nous déstabilise un peu mais promet une surprise que nous imaginons joyeuse. Cependant, la musique de plus en plus forte et oppressante nous indique qu’il risque d’y avoir un caillou dans la bottine.

Nous nous retrouvons donc au centre d’un party de famille improvisé, où Jocelyne a l’intention de livrer un message important, mais reçoit peu d’écoute. Et en effet, dans cette famille, ça grince : des dents, des attitudes, des propos, des sentiments.

Les personnages, bien qu’interprétés avec justesse, manquent de profondeur. Le discours entretient des clichés et des préjugés tout au long de la pièce, sans nuances, sans pousser la réflexion sur le TDA/H, l’autisme, la pauvreté, la mort, les rêves, les émotions. Il y a bien eu quelques éclats de rires : rires jaunes ou de stupéfaction, ou même de reconnaissance?

Il y a ceux qui seront déstabilisés de se voir livrer des personnages auxquels ils ne s’identifieront aucunement (mais qui reconnaîtront certainement des gens de leur entourage de près ou de loin); il y a ceux qui riront avec dédain de cette classe sociale; il y a ceux qui s’y identifieront. Je fais partie de la première catégorie.

Les valeurs véhiculées, entre autres en lien avec l’importance du travail, de l’argent, de la (sur)consommation, du standing, en rejoindront certains peut-être, mais certainement pas tous. Surtout à notre ère où plusieurs se questionnent sur leurs pratiques quotidiennes en matière d’environnement, de retour à l’essentiel, de désencombrement.

Si cette pièce se veut une critique sociétale sarcastique, à mon sens, c’est raté : il manque la petite nuance qui rend le ridicule drôle, et le « drame»  qui ne lève pas vraiment ne nous émeut pas non plus. Le fait de dépeindre une partie de la population d’une manière à la fois condescendante et superficielle rend profondément mal à l’aise.

La scénographie bien pensée et les costumes choisis avec soin rendent le tout attrayant malgré la pauvreté du texte.

Le message sous-jacent, vivre ses rêves maintenant pendant qu’il en est encore temps, profiter de la vie avant que celle-ci ne nous soit enlevée, est édulcoré dans un charabia de propos décousus, plus belliqueux les uns que les autres.

Cette fois, malgré l’intention, Fabien Cloutier, qui nous a habitués à des pièces intenses, vraies, nourrissantes, touchantes, manque de subtilité, de sensibilité et de délicatesse.

La pièce Bonne retraite, Jocelyne est présentée au Théâtre du Trident jusqu’au 9 février 2019.