<em>.ES – Volet 1 – Soi</em> : refuser le moule réducteur des rôles assignés* | 4 juin 2019 | Article par Marrie E. Bathory

Crédit photo: Odile Gagne Roy

.ES – Volet 1 – Soi : refuser le moule réducteur des rôles assignés*

« Trouver la reine en soi. » D’accord, mais qu’est-ce que le pouvoir? Qu’est-ce qu’une femme de pouvoir? C’est en ayant ces questions en tête que Les reines ont entamé leur processus de création il y a trois ans, à leur entrée au Conservatoire. Elles présentaient ce vendredi 31 mai, à Premier Acte, un laboratoire dans le cadre des Chantiers/constructions artistiques du Carrefour international de théâtre.

Automne 2016. Les membres du collectif se lancent dans une série d’ateliers et de discussions, dans un processus d’écriture. Elles qui souhaitaient au départ écrire et jouer une fiction ont bientôt vu la nécessité de se mettre elles-mêmes au centre de la pièce : quand l’enjeu est, justement, d’arriver à reprendre le pouvoir sur soi, sur ses désirs et sur son propre corps, devenir sujet va de soi.

Vous avez dit féminisme?

Quel rapport entretient-on avec « le » féminisme, et ose-t-on même se dire « féministe », quand on se compare à ses amies davantage killjoy, ou qu’on craint de ternir son image, voire de déplaire? Au fil de leurs rencontres et de leurs expériences tant professionnelles que personnelles, chacune s’interroge, remet en question les limites imposées, se redéfinit, revendique sa place. L’écriture naît de la pluralité des points de vue, en même temps que de la dissidence. Car il y a une prise de pouvoir dans la révolte, dans le refus de s’effacer, encore, que ce soit derrière l’opinion des autres ou dans ce « don total de soi » qu’exigerait la pratique artistique, le « professionnalisme ». Trop souvent la peur du jugement et du conflit continue de dicter nos actes. Trop souvent encore les violences ordinaires sont banalisées, tolérées au nom du maintien de la paix, du statu quo.

Déjà beaucoup

Ce chantier faisait état du processus de création de 2016 à 2018; depuis, on devine qu’il y eut d’autres étapes, d’autres réflexions, d’autres constats. Ce copieux morceau de théâtre documentaire autobiographique, auquel s’allie la performance, est déjà le fruit d’un lourd travail de recherche, d’expérimentations. Le récit n’est pas encore complet, mais déjà le spectacle comprend des moments forts, bien coordonnés – rires, doutes, pleurs. Joies. On ne peut qu’avoir très hâte de voir la pièce .ES à Premier Acte en janvier 2020.

* Selon la formule de Clarissa Pinkola Estés, Femmes qui courent avec les loups.