Incident sur le chemin Sainte-Foy | 13 septembre 2019 | Article par Monmontcalm

Crédit photo: Jean Cazes

Incident sur le chemin Sainte-Foy

Témoin d’actes de vandalisme contre un commerce de son voisinage, une résidente du quartier Saint-Sacrement a transmis à Monmontcalm le texte qui suit.

Il y a près d’un mois, le 13 août 2019, la devanture d’un magasin a été souillée sur le chemin Sainte-Foy. C’était le troisième acte de vandalisme au même endroit. Ce commerce de quartier est maintenant fermé.

Ce genre de comportement intolérant à caractère raciste, exprimé par une personne ou un groupe, est inadmissible dans la société québécoise et sur le territoire de la ville de Québec. C’est un acte humainement et socialement inacceptable.

Une société ouverte sur le monde?

On décrit souvent le Québec comme une société ouverte sur le monde et comme une terre d’accueil.

Agissons en conséquence!

Nos institutions publiques, modes électoraux, système juridique et nos lois et règlements sont basés sur des idéaux démocratiques. Mais la démocratie est une idéologie actualisée dans un régime politique extrêmement fragile. Il est primordial d’être vigilant pour l’empêcher de dévier et de la protéger. Cela relève d’une responsabilité collective. Et ça commence par de petits gestes conscients et réfléchis. Par l’effort d’analyser, de vérifier, de se faire soi-même une opinion, de penser par nous-mêmes.

Il y a, en Amérique du Nord et en Europe, une recrudescence des mouvements nationalistes et suprémacistes à l’idéologie fascisante et paranoïaque. Ils entretiennent la peur de l’autre et la nourrissent. Certains médias semblent également renforcer ce sentiment auprès de la population. Et que dire des médias sociaux et du peu d’objectivité et de sens critique qu’on y retrouve trop souvent. Que de publications sans fondements relayées sur l’immigration, par exemple. Cela va dans le sens de la montée du populisme qu’on peut facilement observer dans un pays un peu plus au sud, et dans une grande ville sur le bord d’un lac immense, un peu plus à l’ouest…

Nourrir l’ouverture ou entretenir la peur de l’autre?

La peur de l’autre s’entretient tellement bien quand on ne prend pas la peine de vouloir connaître, comprendre, accueillir.

Vivre dans une société qui prône l’interculturalisme et l’inclusion sociale et économique des nouveaux arrivants et des immigrants, c’est difficile; cela demande un travail intense de part et d’autre.

Des efforts de la part des Québécois pour développer des comportements d’ouverture et d’inclusion, des efforts supplémentaires de la part des personnes déracinées pour comprendre ce qui a conduit à l’évolution de la culture québécoise. Qu’est-ce qui a motivé son virage d’ouverture sur le monde, la détermination à aller vers la laïcité, à poursuivre l’idéal de transposer des valeurs humanistes dans notre quotidien? Ces idéaux sont très bien représentés dans plusieurs textes fondamentaux : Déclaration universelle des droits de l’homme (ONU), Charte canadienne des droits de la personne et Charte québécoise des droits et libertés.

Évidemment, certains de ces textes ont été écrits il y a plus de 50 ans; le vocabulaire devrait être actualisé pour tenir compte de l’évolution sociale, culturelle, politique, et surtout, de la déconfessionnalisation des institutions.

Mais ne nous accrochons pas sur des mots poussiéreux, mais sur le sens général, pas sur les arbres qui nous empêcheraient de voir la forêt.

Savoir-vivre ensemble

Maintenant, on parle du savoir-vivre ensemble.
C’est beaucoup plus que trois mots alignés l’un à la suite de l’autre.

C’est un apprentissage, c’est la volonté d’aller vraiment vers la connaissance mutuelle, dans un échange « transculturel ». Qu’est-ce que ça prend? Ça demande le courage de différer son jugement, de mettre en sourdine ses préjugés, d’écouter vraiment, de faire taire la peur atavique de l’autre et d’entrer dans une relation d’échange mutuel et d’ouverture réciproque.

Et si on essayait cela, au lieu de nourrir la bête préhistorique et territoriale en nous? Si on essayait de coconstruire un Québec fondé sur les droits fondamentaux et universels des êtres vivants? Un coin de planète qui soit un modèle inspirant, une terre d’équité et d’égalité pour toutes les femmes et les hommes d’aujourd’hui et de demain…

On entend souvent cette phrase que Gandhi nous a léguée :

« Je ne veux pas que ma maison soit murée de toutes parts, ni mes fenêtres bouchées, mais qu’y circule librement la brise que m’apportent les cultures de tous les pays. »

Nous pouvons faire vivre ces mots en faisant l’effort de transposer ces paroles en petits gestes quotidiens, juste pour voir ce qui arriverait.

Marie-Christine Boulanger, résidente du quartier Saint-Sacrement