<em>Le miel est plus doux que le sang</em> : de l’exceptionnel à l’extraordinaire! | 23 septembre 2019 | Article par Mélanie Trudel

Crédit photo: Nicola-Frank Vachon

Le miel est plus doux que le sang : de l’exceptionnel à l’extraordinaire!

Le théâtre Sortie de secours fête ses 30 ans en grand avec la reproduction de la pièce Le miel est plus doux que le sang. Présentée pour la première fois en 1995, cette pièce avait permis au théâtre Sortie de secours de faire ses marques en tant que créateur.

À l’arrivée dans la salle, quelle ne fut pas ma surprise de me retrouver en 1919! C’est un décor capiteux, douillet et  généreux qui nous accueille : des boiseries, un piano à queue, une guitare, un escabeau, une carafe en faïence, un gramophone, des penderies de velours! Un décor qui donne l’envie de s’y blottir et d’y demeurer.

Le miel est plus doux que le sang témoigne de la rencontre et de la jeunesse de trois génies : Luis Buñuel, Salvador Dalí et Federico García Lorca, alors étudiants à Madrid, et de l’évolution de leur amitié durant quatre ans. C’est avec délice que nous serons témoins du passage à la chrysalide de ces jeunes naïfs ne connaissant encore rien de leur grandeur latente.

Une muse-mère-guidance : Lolita! Interprétée par la sublime Savina Figueras, cette activiste en robe pailletée incitera les trois jeunes gens en quête de sens à extérioriser leurs penchants artistiques et insurgés à grand renfort de champagne.

Les intermèdes dalíens de la première partie épanchent nos âmes de saynètes pittoresques  attendrissantes et instiguent une légèreté entre des tableaux plus profonds. Prenant plus de place par la suite, c’est avec régal que nous nous nourrissons des mimiques et de l’excentricité du personnage campé avec brio par Vincent Legault – un coup de foudre pour moi!

Gabriel Cloutier-Tremblay (Federico García Lorca) et Élie St-Cyr (Luis Buñuel) sont surprenants de spontanéité et de véracité, émotifs, impulsifs, crédibles dans leurs explosions de caractère et leur recherche identitaire.

Construites à la manière d’un film muet dont le piano ponctue toutes les répliques, les chorégraphies parallèles sont brillantissimes! Bravo, d’ailleurs, au pianiste Antoine Breton, tenant la musicalité entière de la pièce sur ses épaules.

Les costumes et les décors sont magnifiques, l’éclairage est tout aussi rebondissant que les scènes qu’il illumine. Bref, c’est une pièce à voir absolument, malgré sa durée : elle en vaut chacune des secondes.

Si le duende remue en nous ce que nous sommes, il nous permet également d’en ouïr la voix et d’en arpenter la voie. De moments de doutes à la conviction de toucher le ciel, nous tous, anarchistes dans l’âme, avons un jour ou l’autre accueilli nos désirs, nos passions, nous sommes battus pour nos valeurs, au nom de l’amour, de l’amitié, de l’intellect ou de l’art. Jusqu’où doit-on aller pour être fidèle à nos intuitions, à nos certitudes?

Écrite et mise en scène de manière originale, sanguine, surprenante et à la fois tout en tendre douceur par Philippe Soldevila, Le miel est plus doux que le sang est une pièce marquante et divertissante. Vous en sortirez le sourire aux lèvres, l’âme légère et le cœur en liesse.

La pièce Le miel est plus doux que le sang est présentée au Théâtre Périscope jusqu’au 5 octobre 2019.

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