Le théâtre Premier Acte : un incubateur mature | 21 novembre 2019 | Article par Catherine Breton

Certains membres des collectifs de la saison 2019-2020 de Premier Acte. 1re rangée : Marc Gourdeau, Nicola Bélanger, Samantha Clavet. 2e rangée : Angélique Patterson, Sophie Thibeault, Laura Amar, Claire Renaud, Nathalie Fontalvo, Rébecca Marois, Gabriel Cloutier Tremblay

Crédit photo: Ariane Lehoux-Traversy

Le théâtre Premier Acte : un incubateur mature

Pas de grande fête ni de déploiement grandiloquent, juste le dévouement et la constance de faire ce que cet organisme fait de mieux : offrir un espace de création, de diffusion et de liberté aux jeunes de la relève en arts de la scène.

Fondé en 1994, le théâtre Premier Acte fête ses 25 ans cette année. C’est Philippe Soldevila, Agnès Zacharie et Martin Genest – tous trois de la relève à l’époque et respectivement membres des collectifs Sortie de Secours, Théâtre du Mana et Les Enfants Terribles – qui à l’époque se sont associés pour créer l’organisme Premier Acte.

Marc Gourdeau, l’actuel directeur général et artistique, mentionne que l’initiative visait à mettre en commun des ressources.

« Au départ, ils ont eu « quelques cennes » pour acheter un mini parc d’équipements, quelques projecteurs, un petit kit de son, etc. Et engager une relationniste qui ne s’occupait que du dévoilement de saison. Ils faisaient une brochure de saison. Après, chaque compagnie gérait ses affaires, sa billetterie, son marketing… »

Normand Lafleur, Simone Chartrand, Gérald Gagnon – Le miel est plus doux que le sang, de Simone Chartrand et Philippe Soldevila (1995-1996)
Crédit photo: Marie-Chantale Vaillancourt

Dans ses jeunes années, l’organisme utilisait la salle communautaire de l’Auberge de jeunesse du centre de séjour sur la rue Saint-Ursule pour la diffusion des spectacles, présentés sous l’égide d’une saison qui s’appelait Premier Acte. À la même époque naissait le Périscope. C’était aussi l’époque où les cafés-théâtres indépendants sur la rue Saint-Jean et dans le Vieux-Québec fermaient. C’était une ère de transformation, une preuve de plus que le théâtre ne meurt jamais à Québec.

Premier Acte fut géré bénévolement à tour de rôle par les fondateurs. Mais après cinq ans, en 1999, l’essoufflement s’est fait sentir. Heureusement, le service de la culture de la Ville de Québec lui a octroyé une aide financière qui a permis d’engager une personne pour élaborer un plan de développement, dans l’idée de pérenniser l’organisme.

C’est à ce moment que les trois fondateurs ont approché Marc Gourdeau, qui tient le phare depuis ce temps et a permis à plus de 2000 spectacles de voir le jour.

De l’importance de la bienveillance quand on fait nos premiers pas

La motivation première de Marc Gourdeau teinte son rapport avec le bassin des jeunes artistes qu’il fréquente et appelle affectueusement « sa fontaine de jouvence » :

« Ma motivation… C’est de voir ces jeunes-là arriver avec des projets complètement fous qui ne pourraient pas se faire ailleurs qu’ici. Leur offrir cet espace de création à peu près complètement libre. De voir qu’on accompagne des créateurs, sur un deux, trois spectacles… Ensuite, ils prennent leur place… Je prends l’exemple d’Olivier Artaud, l’an dernier avec Antigone. Je me dis ok, on sert à ça. Ce sentiment-là… »

L’encadrement offert par l’équipe de Premier Acte est soutenu par la bienveillance. Si les projets sont trop ambitieux, certaines conditions s’ajouteront, comme le fait de se faire accompagner d’un mentor. Un œil extérieur qui sera choisi en fonction de la nature de la proposition.

« Tu peux, sans le savoir, t’enligner dans une direction où tu vas te planter. »

Parce qu’entre la version papier et la réalité, il y a parfois un décalage entre les intentions…

« L’idée, c’est de se donner le plus de chances possible… »

Ariel Charest, Marc-Antoine Marceau. Sauver des vies, de Pascale Renaud-Hébert (2015-2016)
Crédit photo: Cath Langlois Photographe

Le but est d’offrir du soutien, de fournir des ressources utiles pour les créateurs et de veiller à mettre en œuvre des leviers qui leur permettront de porter leurs œuvres à maturité, autant que faire se peut. Du moins, d’expérimenter les avenues possibles pour choisir les plus vibrantes et parlantes. Premier Acte offre aussi des résidences aux artistes, pour leur permettre de développer sur de plus longues périodes leur proposition.

Au fil des ans, Premier Acte est devenu un incontournable dans le paysage théâtral de Québec. Certains y voient un tremplin; d’autres, une occasion en or de se faire les dents. Et le public est au rendez-vous.

Le mandat ne s’arrête pas aux jeunes de la relève, mais s’étend également aux artisans qui désirent expérimenter une nouvelle dimension de leur art : la mise en scène, l’écriture, le jeu… La salle accueille 80 spectateurs en moyenne. Une belle jauge pour prendre le pouls.

25 ans

C’est la programmation à proprement parler qui marque les 25 ans de Premier Acte. Fidèle à sa mission, il présente une saison dominée par de jeunes artistes, collectifs et compagnies de théâtre. Cette saison, Marc Gourdeau en est fier, comporte les premiers spectacles de nouveaux collectifs fraîchement créés. Juste du neuf.

« Fièvre, Vénus à vélo, c’est nouveau. Amour, amour, c’est leur deuxième spectacle. Le collectif des Sœurs Amar, Nikki ne mourra pas, c’est leur premier show. ES -Chapitre 1- soi, Les Reines, c’est un nouveau collectif de filles. À l’affiche, c’est un nouveau collectif. Le théâtre Escarpé vont en être à leur deuxième ou troisième spectacle. Puis y’a le show de bouffons que c’est leur deuxième. Puis la gang de Montréal Contre la suite du monde, c’est leur deuxième spectacle à vie. C’est une saison qui est ultra jeune. C’est notre manière de fêter nos 25 ans. »

Un cadeau pour ce quart de siècle florissant?

Premier Acte aimerait se doter d’une salle mieux adaptée tant aux besoins des artistes que des spectateurs. Les gens qui fréquentent le théâtre en conviendront : on se sent plutôt à l’étroit dans le hall d’entrée de la salle.

Depuis sa création, Premier Acte s’est démené pour réaliser ses aménagements de salle sans rien demander à personne. Ce sont les membres, les amis et les artistes qui ont mis la main à la pâte.

Cette fois-ci, les infrastructures demandent un réel projet de rénovation. Premier Acte travaille fort pour doter la relève de la ville de Québec d’une salle qui soit à la hauteur de son dynamisme et de son rayonnement. Mais, comme tout projet d’immobilisation, le dossier n’est pas facile à mener…

On lui souhaite ce cadeau d’anniversaire qui ferait la joie de toute une génération de voraces créateurs et spectateurs.

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