Moyens d’adaptation | 16 mars 2019 | Article par Marrie E. Bathory

Crédit photo: Nicola-Frank Vachon

Moyens d’adaptation

Pourquoi le théâtre? Pourquoi la fiction? Pour ceux qui ont les moyens d’en consommer? Dans Maria et les vies rêvées, Philippe Soldevila suggère des réponses qui outrepassent les questionnements individuels de qui a le luxe de s’y arrêter.

Après quelques décennies à accoucher de spectacles, Éric (Leblanc, ici l’alter ego de Soldevila) vit « une crise ». Il aspirait à changer le monde par le théâtre : où en est-il?

En amont d’un processus créatif, Éric et Agnès (Zacharie, directrice artistique d’Ubus théâtre) rencontrent Maria (Marilda Carvalho). La femme, titulaire d’un doctorat mais réceptionniste dans un centre pour personnes âgées, leur raconte son enfance au Brésil et son arrivée au Canada, mais aussi les désenchantements, les luttes étudiantes contre la dictature à São Paulo et les combats qu’elle continue de porter.

Les fictions, au service du réel

Comme dans les précédentes fictions biographiques de Soldevila, Maria n’est pas tout à fait Marilda. Les épisodes sont remodelés, agencés de sorte que le récit porte sur l’essentiel. On saute d’une époque à l’autre, passe d’une histoire au métatexte et de l’intime au politique, sans jamais perdre le fil : tout se répond efficacement.

Les fictions servent de mécanisme de défense lorsque les rêves de pelouse verte sans clôture se brisent au contact des réalités de l’immigration. Marginalisée, brisée, Maria trouvera refuge dans la création, reviendra enfin vers le théâtre.

Aux questions de départ sur l’utilité des fictions et le pouvoir artistique de changer le monde s’offre pour réponse le théâtre de l’opprimé d’Augusto Boal : hors des institutions, près des gens. Le théâtre comme répétition de la vraie vie.

Liberté de création

Ubus Théâtre a habitué son public à une certaine magie, et on la retrouve ici. La caméra, par exemple, devient en quelque sorte une loupe avec laquelle le spectateur observe tantôt les photos des proches de Maria, tantôt les « fourmis » comme le fait un enfant.

Une boucle, un châle, quelques accessoires suffisent : les cinq acteurs (à ceux déjà nommés s’ajoutent Henri Louis Chalem et Érika Gagnon) donnent vie à toute une constellation de personnages, illustrant ce qu’Éric lançait au départ : le théâtre, ce ne sont pas les artifices; c’est, simplement, ce qu’il advient entre les créateurs et le public.

Hors des murs

Si le théâtre de l’opprimé se produit hors des espaces conventionnels, cette pièce a bien lieu dans la salle du Périscope. Mais le public est invité à aller plus loin, entre autres en montant dans le fameux autobus jaune d’Ubus Théâtre, où l’on présente le documentaire Mouvement migratoire les samedis 16, 23 et 30 mars, à 17 h. C’est gratuit, il suffit de réserver sa place à la billetterie du théâtre.

D’autres activités périphériques sont également proposées en accompagnement de la pièce. Maria et les vies rêvées est présentée au Théâtre Périscope jusqu’au 30 mars.