Comme un poisson mort dans le bain | 13 novembre 2019 | Article par Marrie E. Bathory

Crédit photo: Cath Langlois Photographe

Comme un poisson mort dans le bain

Nikki pourrait n’être qu’une jeune femme de 16 ans plutôt impétueuse, qui fume et sèche parfois un cours ou deux et comme ses congénères subit l’absurdité de l’adolescence. Les petites rébellions feraient partie du lot, avec à l’horizon le passage vers l’âge adulte.

Ce serait déjà suffisant, pour Nikki – sauf qu’il y a la mère et son deuil putréfié, toujours présent, embaumé dans l’alcool. Il devient vite évident que les réactions de la fille sont moins causées par une ingratitude ou un égocentrisme dus à l’âge que par le comportement erratique de la mère, de moins en moins gérable.

À couper au couteau

La mort du père, pourtant au cœur du traumatisme, on n’en parle que lorsqu’on est à bout ou qu’on a la conscience altérée. Sinon, c’est l’abcès qu’il faut éviter de toucher. À côté des plaies de la mère, qu’elle-même entretient, acharnée, chaque fois la souffrance de Nikki se voit minimisée, invalidée.

Le texte, tranchant par endroits, dissèque habilement le mal-être des personnages, les relations entre eux. Les nuances en sont rendues de façon juste par les acteurs, parmi lesquels se trouve l’impressionnante Érika Gagnon. Les interactions suscitent tantôt le rire, tantôt le malaise – en tout temps l’empathie.

Accents et ponctuations

La mise en scène est dotée de quelques accents ludiques, mais sans superflu. Notons l’emploi des accessoires (en particulier le réfrigérateur!) et les mini-chorégraphies, qui bonifient la pièce.

La musique présente et efficace, que viennent ponctuer la lumière et quelques claquements de mains, traduit bien l’état psychologique des personnages.

En somme, le collectif des Sœurs Amar et leurs complices nous offrent un spectacle pleinement abouti.

Nikki ne mourra pas est présentée jusqu’au 30 novembre au théâtre Premier Acte. La représentation de ce vendredi 15 novembre sera suivie d’une période de discussion avec les créateurs de la pièce et Jean-Philippe Chainé, intervenant crise/post-crise pour l’organisme PECH.

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