<em>Fugitifs!</em> : visages d’une pluralité historique | 10 avril 2019 | Article par Suzie Genest

Webster entouré d’illustrateurs et illustratrices de Fugitifs! et de Kasia Basta (à gauche).

Crédit photo: Musée national des beaux arts de Québec, Idra Labrie

Fugitifs! : visages d’une pluralité historique

Ils s’appelaient Lowcanes, Bett, André, Jack, Jo, Jacob, Ismael, Robin, Lydia & Jane, Nemo &Cash. Ils avaient la peau noire et vivaient au Québec à la fin du 18e siècle. Du 10 avril au 10 mai 2019, dans le cadre d’un projet orchestré par l’historien et artiste Webster, ils font une apparition inhabituelle sur les murs du Musée national des beaux-arts de Québec (MNBAQ). Fugitifs!, une série de dessins signés par neuf illustratrices et illustrateurs québécois, personnifie une réalité méconnue dans l’histoire québécoise : l’esclavage.

Fugitifs! occupe une section des murs de la salle Devenir de l’exposition 350 ans de pratique artistique au Québec, constituée de portraits de notables. Les illustrations des treize esclaves fugitifs sont assorties de reproductions d’avis de recherche publiés par leurs « propriétaires » dans la Gazette de Québec et la Gazette de Montréal entre 1767 et 1798. Les descriptions de leur physique, leurs traits, leurs vêtements tirées dans ces annonces ont nourri le travail d’illustration de Paul Bordeleau, D. Mathieu Cassendo, Djief, Em, MALICIOUZ, Carline Soucy, Richard Vallerand, ValMo et Amel Zaazaa.

Fugitifs! au MNBAQ
Crédit photo: Musée national des beaux-arts de Québec, Idra Labrie

Des visages humains

Quelque 4185 esclaves ont été répertoriés dans l’histoire du Québec; un tiers d’entre eux étaient des Noirs; les deux autres tiers, amérindiens. Négligences, sévices physiques, violences sexuelles faisaient partie du traitement que leur réservaient leurs « propriétaires ». Dans ce contexte, leur principal mode de résistance à la servitude était la fuite.

Limoulois né de père sénégalais et de mère québécoise, Webster s’intéresse à la diversité culturelle et à l’histoire des Noirs au Québec tant dans ses projets d’historien que dans les textes de ses chansons. À travers Fugitifs!, il souhaitait mettre des visages humains sur des personnages dont le destin de servitude inhumaine fait partie de notre histoire, mais qu’on relègue à l’anonymat sinon à l’oubli.

« Je voulais rétablir cette dignité […] montrer que ces gens n’étaient pas des victimes passives de l’esclavage. Je voulais montrer les gens qui résistaient à l’esclavage à travers la fuite », résume celui qu’on connait tant pour sa carrière en hip-hop que pour ses conférences et parcours guidés.

Être de son temps

Pour le MNBAQ, accueillir un projet comme Fugitifs! s’inscrivait dans une volonté de se montrer sensible à l’inclusion et aux débats sur les enjeux d’identité et de diversité qui se sont taillé une place importante dans l’espace public et l’actualité depuis quelque temps.

 « On m’a convaincu qu’il fallait avoir du courage comme institution muséale, qu’il fallait être de son temps », a mentionné le directeur général du MNBAQ Jean-Luc Murray, en poste depuis novembre 2018.

C’est aussi une occasion pour l’institution muséale, partenaire du Festival de BD de Québec, de faire davantage de place à une discipline artistique qu’on a moins l’habitude de voir sur ses murs.

En guise d’ouverture officielle de Fugitifs!, Webster donne une conférence avec la Dre Charmaine A. Nelson, professeure d’histoire de l’art de l’Université McGill ce soir à 19 h 30 à l’auditorium Sandra et Alain Bouchard du Pavillon Pierre-Lassonde du MNBAQ.

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