<em>Errance sans retour</em> : un peu de beauté au milieu de la souffrance | 5 février 2020 | Article par Véronique Demers

Crédit photo: Véronique Demers

Errance sans retour : un peu de beauté au milieu de la souffrance

Le Musée national des beaux-arts de Québec (MNBAQ) présente une exposition plutôt singulière dans les six cellules de l’ancienne prison intégrée au pavillon Charles-Baillairgé : Errance sans retour. On y présente l’univers des Rohingyas, minorité musulmane ayant dû fuir le Myanmar (ex-Birmanie), majoritairement bouddhiste, afin d’éviter les persécutions.

En 2017, le peuple a subi un exode massif vers le Bangladesh pour échapper à l’extrême violence. Plus de 600 000 réfugiés se sont installés dans un camp dont la superficie ne dépasse pas 13 km carrés. Il s’agit du plus grand camp de réfugiés au monde.

Le noyau central de cette exposition s’ancre dans les images du photographe de Québec Renaud Philippe. Autour de lui se sont greffés Mélanie Carrier et Olivier Higgins (MÖ FILMS), co-concepteurs de l’exposition, Karine Giboulo, artiste en arts visuels et d’autres professionnels. Six tableaux démontrent six réalités différentes : le Camp (le quotidien); la Pluie (précipitations de la mousson); les Cicatrices (entrevues avec des femmes marquées par les souffrances); les Dessins d’enfants (rêves et perception); L’Enfance et Dioramas.

Ce dernier tableau est composé d’une centaine de statuettes illustrant le quotidien des réfugiés rohingyas. Le visiteur pourra imaginer une sorte de maquette d’un camp de réfugiés, criant de réalisme.

« Je me suis plongée dans le récit troublant du peuple rohingya. J’ai contacté un poète qui me montrait des images du camp par cellulaire. C’est une goutte [son implication dans l’exposition] dans l’océan, mais pour un monde meilleur, en paix », illustre Karine Giboulo.

Documentaire à l’automne

Ayant désormais une longue feuille de route comme photographe documentaire, Renaud Philippe a été touché sur la misère humaine, où émergent ici et là quelques éclats de beauté, dans un camp de réfugiés, au Kenya.

« Ça a été le point de départ, mais aussi mon voyage à Calcutta, où j’ai été témoin de l’extrême pauvreté. Dans les camps de réfugiés, les gens sont plongés dans une situation particulière: ils n’ont pas de contrôle sur leur vie, ils dépendent des ONG pour recevoir de l’aide, sont sans papier. On peut dire que c’est l’horreur, mais je ne me concentre pas là-dessus. Je veux mettre l’accent sur les êtres lumineux que je rencontre », témoigne en entrevue M. Philippe.

L’une des cellules, composant un tableau de l’exposition, est tapissée d’images des réfugiés du camp de Kutupalong.
Crédit photo: Véronique Demers

« On voulait un musée engagé et innovant. Tout en répondant à ces objectifs, Errance sans retour dépeint des choses dures, une réalité extérieure bien loin de la nôtre, mais aussi des êtres humains qui font preuve de résilience », a résumé Jean-Luc Murray, directeur général du MNBAQ.

Renaud Philippe a effectué deux séjours d’un mois dans le camp de réfugiés de Kutupalong, dans le sud-est du Bangladesh. Le co-concepteur Olivier Higgins l’a accompagné dans l’un de ces séjours. Tout le matériel recueilli a permis d’avoir assez de matière pour réaliser un documentaire, qui sera présenté en septembre à Québec.

L’accès à l’exposition Errance sans retour, présentée au MNBAQ jusqu’au 24 janvier 2021, est gratuit.

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