La flamme des Années lumière | 19 février 2020 | Article par Catherine Breton

Geneviève Lavoie et Richard Angers, fondateurs de la boite de production des Années lumière.

Crédit photo: Claire Dufour

La flamme des Années lumière

L’équipe des Productions des Années lumière, qui nous a entre autres offert l’inoubliable série dramatique La Chambre no 13, fêtera en avril ses 20 ans d’existence.

À la barre de cette boite de production installée en Haute-Ville, on retrouve Geneviève Lavoie et Richard Angers, un tandem de feu. Ils partagent la même vision de l’entreprise, se passionnent tous les deux pour la conception de projets originaux et humains et conjuguent des forces complémentaires lorsque vient de le temps de produire, réaliser et monter.

Curieuse, je me suis informée sur l’origine du nom : Années lumière. Je croyais que c’était en référence aux frères Lumière. Mais c’est plutôt relié au film franco-suisse, sorti en 1981, Les Années lumière d’Alain Tanner – que je ne connaissais pas.

Geneviève et Richard ont tous deux été marqués par ce film dans lequel on retrouve plusieurs qualités qui les motivent et les inspirent. Il s’agit d’un film d’auteur, les personnages sont en quête d’absolu et il y a l’idée de la patience, de la répétition qui est bien présente dans la trame narrative. Bref, c’est un peu comme si on croisait les mythes de Sisyphe et d’Icare.

De Saint-Roch aux festivals internationaux

Il y a 20 ans donc, Geneviève et Richard ont fait le pari de faire du cinéma à Québec et de proposer un contenu qui se démarque de ce qui se fait ailleurs.

Leur premier documentaire a été Mémoires d’une petite cité de Valérie Lavoie, qui raconte, à travers divers portraits de citoyens et citoyennes, l’histoire du quartier Saint-Roch, alors en pleine mutation. Plusieurs autres documentaires l’ont suivi, dont Snowbird, non merci!, Quais-Blues et plus récemment la série documentaire Fou des oiseaux, avec Pierre Verville qui a reçu quatre nominations aux Prix Gémeaux.

Marc Messier dans Le pacte des anges
Crédit photo: Prod. des Années lumière

En 2017, Richard Angers a réalisé un premier long métrage de fiction, Le pacte des anges, qu’il a également scénarisé. Le film met en vedette Marc Messier, qui s’est empressé d’accepter le rôle après avoir lu le scénario, heureux qu’on lui confie un personnage de ce genre. Le film, sélectionné dans plusieurs festivals internationaux, a également récolté deux prix aux États-Unis.

De l’envergure à Québec

Un de leur projet marquant est sans contredit La Chambre no 13, qui à bien des égards était en avance sur son temps. Plusieurs facettes du concept, qui a immédiatement suscité l’intérêt de Radio-Canada, représentaient un défi. Une série télé, écrite et réalisée par les auteurs et cinéastes les plus talentueux du moment, pour la plupart des habitués du grand écran, que l’on conviait à créer pour le petit écran… c’était trop prometteur pour ne pas tenter l’aventure. Bon, aujourd’hui, c’est monnaie courante, mais il y a quinze ans…

Il y a quinze ans, les dramatiques pour le petit écran se tournaient souvent en studio, à trois caméras. Tourner à une caméra signifiait faire des prouesses tant au niveau des budgets que de la direction de production.

Juste la structure narrative, qui impliquait la participation de différents scénaristes a nécessité un travail d’accompagnement colossal. Même si chaque épisode racontait une histoire distincte, on retrouvait ce personnage récurant qu’était l’hôtelier Albert Lauzier pour nous dévoiler petit à petit l’intrigue qui se cachait derrière la mystérieuse chambre no 13.

La chambre no 13
Crédit photo: Yan Turcotte

Un projet de cette envergure entièrement produit et tourné à Québec! Ça ne s’était pas vu depuis des décennies. L’audacieuse série a récolté dix nominations, trois Prix Gémeaux et bien des éloges.

Dès le début de l’aventure, les auteurs et réalisateurs ont décidé de ne pas lire ou voir les épisodes des autres pour ne pas se laisser influencer. Ce qui fait qu’avant la diffusion officielle, Geneviève et Richard ont organisé une avant-première en salle avec tous les réalisateurs, les membres de l’équipe où le public était également convié. Ils ont regardé la série en rafale, soit dix épisodes de 24 minutes. Une séance de visionnement qui a été très appréciée et qui a créé d’impérissables souvenirs.

« On travaille fort pour que des projets d’envergure comme ça se produisent encore à Québec. »

Défis à relever

Mais que signifie avoir 20 ans en 2020, et œuvrer dans le domaine de l’audiovisuel à Québec?

Le nerf de la guerre, c’est toujours le financement. Et les budgets, au Québec, n’ont pas bougé beaucoup depuis les 20-30 dernières années. De plus, avec la nouvelle réalité des grands diffuseurs (Netflix et cie)… il faut s’adapter et constamment trouver des nouvelles stratégies de financement.

L’équipe ne manque pas d’idées. Le duo se souhaite de garder la flamme vivante, de trouver son chemin à travers les nouveaux changements de paradigme causés par l’avènement des GAFAM. Espérons que le financement viendra alimenter l’optimisme des Années lumière!

À ce sujet, la Ville de Québec, dans le cadre de sa Mesure d’aide au démarrage de productions cinématographiques et télévisuelles, vient de leur octroyer une aide pour une série dramatique en développement. C’est une première étape importante et délicate, qui sera suivie d’autres étapes fructueuses, souhaitons-le.

À lire dans Le Soleil (2008) : «Mémoires d’une petite cité» : Saint-Roch, au-delà de la façade