<em>Food Club</em> : Vivant jusqu’à la mort | 21 octobre 2021 | Article par Marrie E. Bathory

Scène de la pièce Food Club, présentée à Premier Acte.

Crédit photo: David Mendoza Hélaine

Food Club : Vivant jusqu’à la mort

Règle no 1 du Food Club : On ne parle pas du Food Club. Règle no 2 du Food Club : On ne parle pas du Food Club.

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La pièce de Samantha Clavet, codirectrice artistique du Théâtre Escarpé, ne s’en cache pas : elle suit le synopsis de Fight Club, à quelques différences près. On retrouve le personnage coincé (Rémi – Paul Fruteau De Laclos), un peu névrosé, qui rencontre celui avec qui il fondera le club et fomentera un acte terroriste (Stan – Nicola Boulanger), l’homme libre qui ose vivre hors du cadre de la bienséance. Entre les deux, il y a Mégane (Anne-Justine Guestier), archétype de la femme fatale.

« Malsain »

Quiconque a lu sur le sujet connaît l’équation : contrôle égale vertu égale productivité (car la mode du jeûne intermittent vient des gourous de la to-do list). L’obsession des calories est sans fin : on compare son corps à celui des autres, même des cadavres; on juge les gros même après leur mort. Et on souhaite de toute son âme qu’une vie de privations ouvre les portes d’un paradis en Nutella.

Sauf qu’après les restrictions viennent les comportements compensatoires, menant ici à l’autodestruction.

Comme une bête qui va à l’abattoir

La pièce ne fait pas de distinction genrée quant au rapport à la nourriture, mais évoque tout de même l’idée d’un instinct primal, d’une animalité que rappellent notamment les costumes de cuir et de fourrure. On dit des gens prisonniers des régimes qu’ils sont des animaux s’apprêtant à être abattus; on met en parallèle un cadavre à la morgue et la carcasse d’un cerf qu’on s’apprête à dépecer. Et durant tout le spectacle se font entendre des sons métalliques, angoissants – joués en direct.

Fight Club traitait d’une certaine idée de la masculinité. S’il n’est pas directement question ici de masculinité toxique, certaines descriptions (un défi dans un cas, une agression dans l’autre) révèlent chez les personnages masculins un désir d’humiliation des personnages féminins rappelant certains scénarios pornographiques. Il y aurait d’ailleurs toute une analyse à faire sur les liens entre nourriture, désirs, interdits, tabous, plaisirs sensuels…

Bref, Food Club est une œuvre dense, un coup de poing direct au ventre qui provoque quelques haut-le-cœur.

 

La pièce est présentée à Premier Acte jusqu’au 30 octobre. Après la représentation du vendredi 22 octobre aura lieu une discussion sur l’obsession de la bouffe avec les artistes et le chroniqueur Mickaël Bergeron, auteur de l’essai La vie en gros.

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