<em>Renversé à l'ananas</em> : changer la recette | 23 septembre 2021 | Article par Marrie E. Bathory

Crédit photo: David Mendoza Hélaine

Renversé à l'ananas : changer la recette

De La cuisine raisonnée à Ricardo en passant par Jehane Benoît, c’est un modèle d’art de vivre davantage que des recettes que proposent les livres de cuisine – de manière explicite ou en filigrane. Et sortir du moule, comme on le montre dans Renversé à l’ananas, ne sera pas toujours bien accueilli par l’entourage.

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« Cuisiner pour autrui, ou par hygiène, sans gourmandise, c’est le but de la cuisine raisonnée. »
– Axiomes de La cuisine raisonnée, 1919

À travers le fameux gâteau renversé à l’ananas, la pièce écrite et mise en scène par Catherine Côté pose la question de l’héritage, mais aussi de l’émancipation.

Lorsque la mémoire de la matriarche Marguerite  (Véronique Aubut) commence à défaillir, ses filles et petites-filles tentent de la raviver en cuisinant des mets chargés de souvenirs.

« Je ne me souviens pas d’avoir déjà eu le choix »

Suivre la recette à la lettre, c’est bien sûr s’en tenir au rôle assigné. Or l’abnégation fait macérer les ressentiments. Le changement de carrière de l’une ou la dénonciation de l’autre produiront ainsi des réactions mitigées. Les jeunes femmes recevront des remontrances, voire une certaine forme de menaces.

Notons que le désir de s’émanciper d’un carcan s’accompagne d’autres contraintes, encore ici liées à la nourriture : restrictions caloriques et interdits alimentaires. Et que même en s’efforçant de ne pas faire comme celles qui les ont précédées, les personnages en viennent malgré elles à reproduire des modèles.

Le gâteau lève bien

La musique rappelle ces téléromans au charme suranné dont les péripéties se déroulaient, justement, souvent dans la cuisine. C’est dans ce cadre familier qu’on réinterroge les stéréotypes de genre et tient un propos féministe, sans toutefois tomber dans l’essai didactique.

Le texte est sincère, et livré avec sincérité par les comédiennes. D’aucuns retrouveront leur mère ou leur tante incarnées par Linda Laplante ou Sylvie Cantin.

En somme, la pièce réussit à émouvoir sans souligner grassement chaque élément touchant ou triste, ce qui la rend d’autant plus efficace.

Renversé à l’ananas est présentée à Premier Acte jusqu’au 9 octobre. En accompagnement, la compagnie de théâtre Mon Père est Mort vous offre un balado de trois épisodes.

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